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La génération Z japonaise veut remettre au goût du jour la culture du « guerrier d’entreprise »

Au pays du soleil levant, une partie des jeunes rêve de retrouver l’esprit combatif des années d’après-guerre. Lassés d’un univers professionnel jugé trop…

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La génération Z japonaise veut remettre au goût du jour la culture du « guerrier d’entreprise »

Au pays du soleil levant, une partie des jeunes rêve de retrouver l’esprit combatif des années d’après-guerre. Lassés d’un univers professionnel jugé trop mou, ils rejoignent des boîtes aux méthodes radicales, entre cris matinaux et Post-it de motivation, pour se forger un mental à toute épreuve.

Tokyo, 8h du matin. Les employés d’une société de conseil forment un cercle serré, épaules contre épaules. Leurs voix claquent comme un coup de tonnerre : « On augmente les ventes ! » Personne ne baisse les yeux. Ici, on ne démarre pas sa journée en sirotant un café tranquille. On la commence par un « boom » collectif. Kotaro Kawabata, 26 ans, affiche un large sourire. « Tout le monde se dit : Allez, au boulot ! J’adore ça », confie-t-il. Son écran est recouvert de Post-it qui le bombardent d’encouragements. « Kotaro, tu es le meilleur commercial », peut-on lire. Cette ambiance survoltée, c’est celle de Global Partners, une entreprise devenue virale pour ses réunions matinales frénétiques et ses remontrances assumées. Loin de faire fuir, elle attire des jeunes en quête de défis, déçus par un marché du travail qu’ils jugent trop « doux ».

Car le Japon a changé. Le modèle du salaryman dévoué corps et âme à sa boîte, travaillant jusqu’à l’épuisement, a reculé. Depuis des années, les entreprises misent sur un meilleur équilibre vie pro-vie perso et la santé mentale. Le suicide d’une employée de 24 ans chez le géant Dentsu en 2015 a accéléré la lutte contre le karoshi, cette mort par excès de travail. Résultat : de nombreux cadres intermédiaires n’osent plus réprimander leurs équipes. Une enquête récente montre que 64% d’entre eux ne le font que « quelques fois ou moins » par an. Pour certains jeunes comme Asuka Obri Okabe, 28 ans, cette bienveillance a un revers : « Ce qui est effrayant, c’est un environnement où personne ne me corrige et où je continue dans la mauvaise direction. » Elle voit dans les remontrances « une forme d’amour ». Un sentiment partagé par ceux qui rejoignent Global Partners, où chaque matin, un employé est tiré au sort pour galvaniser le groupe. Un test de caractère, selon Kotaro. « Ils sont stricts et se mettent même en colère pour m’aider à me développer », ajoute-t-il.

Le fondateur de la société, Koji Yamamoto, 54 ans, assume cette philosophie. Il déplore l’adoption de valeurs occidentales trop permissives depuis les années 2000. Pour lui, le politiquement correct et la « cancel culture » ont « anéanti la force mentale » qui faisait le succès du Japon d’après-guerre. « Si vous ne dites rien pour ne pas faire de vagues, vous finissez par vous désengager silencieusement », explique-t-il. Une enquête récente confirme que la moitié des 20-30 ans se sentent mentalement détachés de leur travail. Yuna Nagano, 19 ans, abonde : sa génération « manque d’enthousiasme et se contente du minimum ». Chez Global Partners, l’énergie est un carburant. Le slogan viril « zoss » (pour « merci pour votre travail ») est partout. Les vidéos de leurs réunions musclées suscitent des critiques en ligne, certains parlant d’ambiance « sectaire » ou « sadique ». Mais l’entreprise affiche aussi un visage moderne : majorité de jeunes, parité hommes-femmes, tenue libre, congés payés utilisés. Yamamoto le reconnaît lui-même : « La société est meilleure aujourd’hui. » Sa recette ? « Revenir à 90% à l’ère Showa, et conserver 10% du présent. » Une équation inédite pour séduire ceux qui veulent bosser dur, sans pour autant renier les progrès sociaux.

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