Politique
Eau et pesticides, le projet de loi qui met le feu aux poudres
Ce texte devait apaiser le monde agricole. Il déclenche une tempête politique et environnementale.

Ce texte devait apaiser le monde agricole. Il déclenche une tempête politique et environnementale.
C’est un rendez-vous sous haute tension. Jeudi, députés et sénateurs doivent se réunir en commission mixte paritaire pour tenter de trouver un accord sur le projet de loi d’urgence agricole. Mais à la veille de cette réunion, le fossé reste profond entre ceux qui voient dans ce texte une réponse indispensable aux crises du secteur et ceux qui dénoncent un recul historique pour l’environnement. Au cœur des débats, deux mesures cristallisent les oppositions : le doublement des capacités de stockage d’eau d’ici 2035 et la possible réintroduction de pesticides interdits.
Le collectif Nourrir, qui regroupe des associations comme Greenpeace, Welfarm ou la Confédération paysanne, tire la sonnette d’alarme. Mathieu Courgeau, éleveur et coprésident du collectif, résume la position d’une phrase : « Non seulement le texte ne répond pas aux crises actuelles, mais en plus il prépare les prochaines. » Ce qu’il dénonce, c’est un affaiblissement de la démocratie de l’eau. Selon lui, les nouvelles règles donneraient la priorité à quelques irrigants au détriment de l’intérêt général. Pourtant, l’irrigation ne concerne que 7% des terres cultivées en France. Même le Medef, pourtant rarement en première ligne sur ces sujets, a tenu à rappeler que l’eau est un bien commun qui doit être partagé. Un communiqué commun avec la FNSEA appelle à des compromis, mais le ton monte.
La question des pesticides ajoute encore de l’huile sur le feu. Le Sénat tente de réintroduire dans la loi des substances actuellement interdites, comme l’acétamipride. Une première tentative avait déjà été censurée par le Conseil constitutionnel l’an dernier, et plus de 2 millions de personnes avaient signé une pétition contre ce produit. Pour les opposants, c’est un signal désastreux envoyé à la société, qui attend une transition vers une agriculture plus respectueuse de la santé et de la biodiversité. Les cinq anciens ministres de l’Agriculture cosignataires d’une tribune s’inquiètent même d’une « nouvelle guerre de l’eau » si le texte passe en l’état.
À l’Assemblée nationale, les échanges ont été vifs mercredi. Le député écologiste Jean-Claude Raux a interpellé la ministre de l’Agriculture Annie Genevard avec une ironie cinglante : « Mettrez-vous des méga-glaçons dans vos méga-bassines pour refroidir l’eau quand le thermomètre s’emballe ? » Il dénonce le sacrifice des zones humides, qui stockent naturellement l’eau, et l’autorisation de pesticides qui mettent en péril la santé et la biodiversité sans même garantir les rendements. « Votre projet ne règle rien, il n’anticipe rien. Il accentue un modèle fondé sur un climat qui n’existe plus », a-t-il lancé. La ministre, elle-même consciente des risques de censure constitutionnelle, a répondu sur un ton glacial. Elle déplore une « caricature » du texte et défend le stockage de l’eau comme une solution parmi d’autres, indispensable pour éviter l’effondrement de l’agriculture. Le bras de fer ne fait que commencer.
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