Économie
19 euros de l’heure pour les livreurs une victoire qui change tout
Les livreurs à vélo d’Uber Eats et Deliveroo viennent de gagner une augmentation spectaculaire de leur revenu horaire minimum. Un accord arraché après des…

Les livreurs à vélo d’Uber Eats et Deliveroo viennent de gagner une augmentation spectaculaire de leur revenu horaire minimum. Un accord arraché après des années de débats et une chute vertigineuse de leurs gains.
C’est un tournant dans la guerre des courses. Vendredi dernier, les plateformes Uber Eats et Deliveroo ont signé avec deux syndicats de livreurs un avenant qui fait passer le revenu minimal horaire brut de 11,75 à 19 euros. Un bond de plus de 60% que personne n’attendait si vite. En 2023, un premier accord avait déjà fixé ce plancher, mais il n’avait pas empêché une dégringolade des revenus réels selon l’Autorité de régulation des plateformes d’emploi (Arpe). Entre 2021 et 2024, le taux horaire brut a chuté de 34,2% chez Uber Eats, 22,7% chez Deliveroo et 26,6% chez Stuart, une fois l’inflation déduite. Les livreurs étaient de moins en moins payés pour chaque heure passée à pédaler sous la pluie ou la canicule.
Ce nouvel accord, qui entre en vigueur le 1er septembre, change plusieurs règles du jeu. D’abord, le revenu minimum ne sera plus calculé sur une courte période mais sur une semaine entière. Concrètement, un livreur pourra mieux lisser ses mauvais jours et être payé plus régulièrement. Ensuite, les pourboires ne sont plus comptés dans ce calcul. Jusqu’à présent, un client généreux pouvait artificiellement gonfler le revenu horaire et permettre à la plateforme de verser moins. Désormais, les pourboires viennent en plus, sans fausser la garantie. Enfin, une clause de réexamen annuel est prévue, avec un déclenchement possible plus tôt si l’inflation flambe ou si le pouvoir d’achat se dégrade. Les dirigeants des plateformes saluent un investissement inédit : 50 millions d’euros par an pour Uber Eats selon son directeur France Bastien Pahus. Le directeur général de l’Arpe, Joël Blondel, y voit une étape majeure vers des garanties collectives pour les travailleurs indépendants. Mais du côté des syndicats, on tempère. Fabian Tosolini, d’Union‑Indépendants, rappelle que ce n’est qu’une étape. Il réclame un système « horo-kilométrique » qui prendrait en compte les kilomètres réellement parcourus et les temps d’attente réels, et non les estimations des plateformes. Les discussions continuent sur ce point.
En parallèle, d’autres sujets brûlants restent sur la table. La santé et la sécurité des livreurs sont en débat, tout comme les désactivations de comptes. Quand une plateforme soupçonne une fraude, elle peut couper l’accès du livreur du jour au lendemain. Une pratique jugée brutale et souvent injustifiée. Les conditions de travail sont déjà très dures : mercredi dernier, Uber Eats et Deliveroo ont suspendu les commandes entre 14h et 18h dans les départements en vigilance rouge canicule, pour protéger les livreurs exposés à des chaleurs extrêmes. Et au-delà des conditions physiques, c’est toute la mécanique algorithmique qui est contestée. Beaucoup dénoncent un lien de subordination caché : le livreur ne maîtrise ni ses courses, ni ses revenus, ni l’algorithme qui décide tout. L’Union européenne a d’ailleurs adopté fin 2024 une loi pour renforcer les droits de ces travailleurs, prévoyant de requalifier comme salariés ceux qui sont en réalité dépendants. La France doit la transposer dans son droit national avant le 2 décembre. Le combat est loin d’être fini.
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