Planète
Canicule et coupures d’électricité le vrai prix de l’inaction
Une canicule record en juin 2026 a privé des centaines de milliers de foyers d’électricité. Derrière les coupures, un coût invisible se répète chaque…


Une canicule record en juin 2026 a privé des centaines de milliers de foyers d’électricité. Derrière les coupures, un coût invisible se répète chaque année et pose une question simple vaut-il mieux investir maintenant ou subir plus tard ?
Le 23 juin 2026, une explosion au poste électrique de Squividan, près de Quimper, plonge jusqu’à 120 000 foyers dans le noir. La cause officielle les fortes chaleurs. Deux jours plus tard, la France enregistre sa journée la plus chaude jamais mesurée depuis 1947. Pendant une semaine, du 19 au 27 juin, une trentaine d’incidents localisés frappent le réseau. Au total, environ 335 000 foyers subissent une coupure, avec un pic de 50 000 simultanément le 25 juin. Ces chiffres sont une estimation basse car seuls les incidents médiatisés sont comptés.
Quel est le prix de cette panne géante ? Le chercheur en économie de l’énergie Jean-Baptiste Vaujour a tenté de le calculer. En agrégeant les données disponibles, il estime que l’énergie non distribuée représente environ 2 gigawattheures. Valorisée au coût réglementaire de l’électricité non livrée (33 000 euros par mégawattheure), cette perte atteint 66 millions d’euros. Avec une hypothèse plus prudente de 20 000 euros par mégawattheure, on tombe à 40 millions. L’ordre de grandeur tourne autour de 60 millions d’euros. Mais ce montant ne couvre que l’électricité non livrée. Il oublie les réparations d’Enedis, les pertes économiques des entreprises et des ménages, et toutes les coupures diffuses non répertoriées. Le vrai coût est donc bien plus élevé.
L’erreur serait de voir ces 60 millions comme un accident isolé. Depuis l’an 2000, une vague de chaleur frappe la France quasiment chaque année, et souvent plusieurs fois deux épisodes en 2025, trois en 2022. Le nombre de jours de canicule a doublé entre les décennies 2006-2015 et 2016-2025. Si l’on retient deux épisodes majeurs par an, le coût annuel des seules coupures visibles atteint déjà 120 millions d’euros. C’est une charge récurrente qui augmente avec le réchauffement climatique. Pourtant, cet indicateur officiel de qualité du réseau, appelé critère B, ne capte presque rien de ces événements. Il mesure la durée moyenne annuelle de coupure hors événements exceptionnels. Une canicule record bascule dans la catégorie exceptionnelle et sort donc du décompte. Le coût réel reste fragmenté entre une partie émergée et une partie immergée, diffuse et noyée dans les agrégats.
Alors, que faire ? Enedis prévoit un plan de développement de 96 milliards d’euros sur 2022-2040, dont environ 25 % sont dédiés à la résilience climatique, soit 1,2 à 1,3 milliard par an. Le remplacement des câbles à papier imprégné, qui lâchent quand le sol dépasse 70 à 80°C, représente plus de 5 milliards d’ici 2040. S’y ajoutent la consolidation du réseau aérien (9,4 milliards) et le renforcement des transformateurs (plus de 2 milliards). Quand on compare le coût annuel des coupures (120 millions) à l’investissement annuel d’adaptation (1,2 milliard), le rapport change. Le coût subi est diffus, supporté par les ménages, largement hors facture. Le dédommagement réglementaire ne couvre que 2 euros par kilovoltampère après cinq heures de coupure, plafonné à 400 euros et hors dégâts matériels. À l’inverse, la dépense d’investissement est concentrée, visible, et payée via le tarif d’utilisation des réseaux. On investit difficilement contre un coût que l’on ne mesure pas. Tant que chaque canicule est traitée comme un accident, l’investissement paraît lourd. Mais dès qu’on la lit comme une charge annuelle récurrente et croissante, le même investissement change de statut. Derrière les chiffres, il y a aussi des équipes de terrain mobilisées dans des conditions difficiles, et des enjeux de santé publique et de sécurité qui ne se réduisent pas à une simple équation économique.
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