Culture
Le maître des coulisses du Festival d’Avignon
Chaque soir, Jérôme Delporte lance le spectacle d’un « top trompettes ». Son job consiste à concilier les rêves fous des metteurs en scène avec la…


Chaque soir, Jérôme Delporte lance le spectacle d’un « top trompettes ». Son job consiste à concilier les rêves fous des metteurs en scène avec la préservation d’un lieu classé au patrimoine mondial.
Dans la cour d’honneur du Palais des papes, le temps du festival, Jérôme Delporte est aux manettes. À 54 ans, cet ancien cadre d’EDF reconverti dans le spectacle coordonne une équipe de plus de 70 personnes. Machinistes, électriciens, agents d’accueil, tous travaillent sous son œil pour transformer cette enceinte du XIVe siècle en un théâtre géant de 1 800 places. « C’est le plus beau théâtre du monde, quand même », lance-t-il, passionné. Lui qui n’avait jamais mis un pied au théâtre avant de travailler ici connaît désormais chaque escalier en colimaçon et chaque petit couloir. Sa mission commence en juin, quand le plateau et les gradins sont déjà montés. Il faut alors tirer des kilomètres de câbles pour les projecteurs, souvent en haut des tours. Puis, chaque soir, il attend que le public soit installé pour donner le top départ.
Son défi quotidien répondre aux exigences des artistes sans abîmer la pierre séculaire. Un metteur en scène voulait faire couler du sang sur les murs. Impossible. Le Palais est un musée classé à l’Unesco. Pas question de toucher les murailles avec une structure métallique. Jérôme et son équipe trouvent des astuces, comme une planche en trompe-l’œil. Pour le spectacle d’ouverture de cette 80e édition, le metteur en scène souhaitait que les spectateurs déambulent sur le plateau pendant le jeu. Solution acceptée, avec une jauge limitée à 250 personnes. Tout est affaire de compromis entre le rêve artistique et le respect du patrimoine.
Mais il faut aussi composer avec les aléas. L’année dernière, un orage et des trombes d’eau jaillies des gargouilles ont perturbé une représentation du « Soulier de satin ». La canicule oblige parfois à modifier les plannings. Et en journée, l’équipe doit s’organiser pour ne pas gêner les visites touristiques. Jérôme avoue perdre cinq kilos pendant chaque festival, des kilos pris avant, dit-il en riant. Un métier passion qui le fait tenir. Pour lui, la cour d’honneur reste un lieu chargé d’histoire personnelle. La première fois qu’il est entré dans un théâtre, c’était ici, pour travailler. Aujourd’hui, il en est le gardien, celui qui permet à la magie d’opérer chaque soir.
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