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Des ours bruns au cœur des villages grecs

La population d’ours bruns a doublé en Grèce en six ans. Dans le nord du pays, habitants et défenseurs de l’espèce s’affrontent sur la cohabitation.

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Des ours bruns au cœur des villages grecs

La population d’ours bruns a doublé en Grèce en six ans. Dans le nord du pays, habitants et défenseurs de l’espèce s’affrontent sur la cohabitation.

Dans son village de montagne du nord de la Grèce, Dimitris Despas, ancien pelletier de 60 ans, n’en est pas à sa première rencontre avec un ours brun. La dernière remonte à quelques semaines dans son jardin. Il s’emporte. « Ils entrent dans les cours des maisons, causent des dégâts, mangent les fruits sur les arbres. Les ours nous encerclent. » En Macédoine occidentale, les agriculteurs se plaignent des dégâts dans leurs cultures et des incursions dans les zones habitées. La population d’ours bruns de cette région montagneuse, frontalière de l’Albanie et de la Macédoine du Nord, n’a cessé d’augmenter. Grâce à l’interdiction de la chasse et aux politiques de protection, un recensement de 2025 a dénombré environ 900 ours. C’est presque le double du chiffre enregistré six ans plus tôt. Dans le seul département de Kastoria, les services forestiers ont reçu plus de 300 signalements de présence d’ours dans des zones habitées ces 18 derniers mois.

« Nous avons peur de quitter nos maisons », poursuit Dimitris Despas. Un ours se promenait sur la place centrale du village à la tombée de la nuit. Un autre a blessé un habitant, heureusement sans gravité. En juin, trois ours ont été retrouvés morts en deux jours dans la région, dont une jeune femelle récemment réintroduite par les ONG Arcturos et Callisto. Deux des ours auraient été tués. La troisième victime, une ourse nommée Circé, recueillie et soignée pendant un an par Arcturos, aurait succombé à un appât empoisonné. Sur les réseaux sociaux, les échanges entre habitants et défenseurs de l’environnement sont vifs. La page Facebook « Ne pas vivre avec des ours » rassemble plus de 2 000 membres. Son administrateur, Dimitris Mitsopoulos, graphiste de 53 ans, assure que des ours ont été photographiés ou filmés devant des écoles pendant que des enfants s’y trouvaient. « Ce sont des bêtes sauvages, ils ne sont pas à leur place. » Lefteris Zioutis, entrepreneur de 48 ans passionné de nature, publie régulièrement des photos d’ours s’aventurant dans les zones urbaines près de Grevena. « Il y a plus de dix ours qui circulent autour de notre ville. Ils se promènent près de la bibliothèque municipale et du cinéma. »

De son côté, Jason Bantios, porte-parole de Callisto, affirme qu’avec une information adéquate et des mesures préventives, le nombre d’ours s’approchant des habitations peut être drastiquement réduit. Mais il dénonce des méthodes illégales pour chasser les bêtes, comme cela a été constaté récemment dans la région. Il insiste. L’inquiétude ne doit pas servir de prétexte pour tuer des ours. Le sanctuaire Arcturos, à Nymfaio sur les pentes du mont Vitsi, accueille 20 ours qui vivaient auparavant en captivité. Selon les organisations de protection de la nature, les ours colonisent progressivement des territoires dont ils avaient disparu au XXe siècle. L’urbanisation, l’évolution des usages des terres et l’abandon de certaines pratiques agricoles traditionnelles ont réduit les ressources alimentaires dans leur habitat naturel. Parallèlement, la présence humaine dans les zones rurales, autrefois dissuasive, s’est affaiblie. Le directeur d’Arcturos, Alexandros Karamanlidis, se félicite que la Grèce ait réussi à restaurer les populations sauvages grâce à ses politiques de protection. Mais il prévient que plusieurs générations d’ours ont pris l’habitude de trouver une nourriture abondante près des humains. « Si rien n’est fait, nous nous dirigeons vers des situations de plus en plus problématiques. »

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