Culture
« Après la prison, on nous laisse seuls » le combat pour retrouver un emploi
Des anciens détenus participent à des ateliers d’insertion chez Norauto pour apprendre à répondre aux recruteurs. Sans travail, la peur de replonger…


Des anciens détenus participent à des ateliers d’insertion chez Norauto pour apprendre à répondre aux recruteurs. Sans travail, la peur de replonger devient une menace quotidienne.
Ils ont 23, 27 ou 28 ans et portent tous un passé judiciaire qui colle à leur peau. Lotfi est en semi-liberté après une peine pour trafic de stupéfiants. Khalifa porte un bracelet électronique. Yvana, elle, ne peut plus devenir aide-soignante à cause de son casier. Fin juin, ils étaient six réunis dans un garage Norauto près de Lille pour une journée pas comme les autres. Des responsables RH bénévoles leur ont appris à rédiger un CV, à préparer un entretien, à gérer la question qui tue. Celle du trou dans le parcours professionnel.
Khalifa résume le sentiment général en quelques mots crus. Il dit que les anciens détenus sont appelés « les gens normaux » par ceux qui sont encore en prison. Pourtant, une fois dehors, la normalité reste hors de portée. Il raconte avoir envoyé des CV partout après sa première libération sans jamais recevoir de réponse. Aujourd’hui, il se donne un mois pour décrocher un emploi. Sans cela, prévient-il, on déraille. Pas d’argent, pas de cadre, et le risque de retomber dans la délinquance. Lotfi partage cette angoisse. Il veut devenir coach sportif pour que sa mère soit fière de lui, mais il avoue avoir peur de retourner en prison. L’appât du gain facile guette ceux qui sortent les mains vides.
Les entreprises commencent à comprendre l’enjeu. Chez Norauto, la directrice des ressources humaines explique qu’accompagner des personnes éloignées de l’emploi répond aussi à leurs propres besoins de recrutement. La Fondation M6, qui organise ces rencontres, rappelle un chiffre qui donne le vertige. Environ six personnes libérées sur dix récidivent dans les cinq ans. L’emploi est considéré comme le point d’entrée pour éviter cette spirale. Mais les anciens détenus cumulent les freins. Ils connaissent mal le monde de l’entreprise, se sentent stigmatisés et peinent à justifier des années blanches. Lors des ateliers, certains conseillers poussent à la transparence. Mieux vaut dire « j’ai payé, j’ai compris » que de cacher la vérité. Cela donne envie de donner une chance. Mais pour Yvana, qui cherche un poste dans la restauration, les portes restent fermées. Elle postule encore et encore, sans retour. Le vide après la prison, c’est celui que les recruteurs ne comblent pas.
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