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Des milliers de chiens ont disparu en Corée du Sud avant l’entrée en vigueur de l’interdiction de leur viande
L’élevage canin s’effondre plus vite que prévu. Que sont devenus les centaines de milliers de chiens qui n’ont pas été adoptés ou placés dans des refuges ?


L’élevage canin s’effondre plus vite que prévu. Que sont devenus les centaines de milliers de chiens qui n’ont pas été adoptés ou placés dans des refuges ?
Le 11 juin 2026, dans la ville sud-coréenne de Pyeongtaek, un abattoir canin abandonné ne laisse voir que des cages rouillées, des électrodes au sol et des crânes de chiens. Ce lieu déserté témoigne d’une filière en pleine dégringolade. En janvier 2024, le pays a adopté une loi interdisant l’élevage, l’abattage et la vente de chiens pour l’alimentation humaine. À partir de février prochain, toute personne qui enfreint cette règle risque jusqu’à trois ans de prison.
Le gouvernement estimait qu’entre 400 000 et 450 000 chiens étaient encore dans des élevages en 2024. Aujourd’hui, il n’en resterait plus qu’environ 20 000. Pour encourager les éleveurs à se tourner vers d’autres activités, des primes allant jusqu’à 340 euros par chien ont été proposées. Mais personne n’a vraiment tracé le parcours des animaux après leur départ des fermes. « Notre rôle est de vérifier que les chiens ne sont plus dans les élevages avant de verser l’indemnisation. Nous n’intervenons pas dans ce qui a été fait des chiens », a expliqué un inspecteur du ministère de l’Agriculture, qui a requis l’anonymat.
Les chiffres officiels montrent que seuls 623 chiens avaient été adoptés en février et un peu moins de 500 envoyés dans des refuges. Pour les associations et les anciens éleveurs, la plupart des autres ont probablement été euthanasiés. « Si un grand nombre de chiens sauvés avaient intégré des programmes d’adoption, des organisations comme la nôtre en auraient eu connaissance. Nous n’avons vu aucune campagne d’adoption pour les chiens sortis des élevages », raconte Kim Young-hwan, de l’association CARE. Cette dernière a placé environ 2 500 chiens en vingt ans, principalement à l’étranger, car en Corée du Sud, les petites races sont souvent préférées pour l’adoption.
Un ancien éleveur, Ju Yeong-bong, a lancé son élevage en 1994 après avoir constaté qu’il ne pouvait pas vivre uniquement de son ministère religieux. Aujourd’hui, il ressent l’interdiction comme une trahison. « Cette mesure a été imposée pour des raisons politiques, sans dialogue ni mesures adéquates pour protéger nos moyens de subsistance », confie-t-il. Interrogé sur le sort des milliers de chiens qui ont disparu des radars, il admet qu’ils ont probablement « déjà été mangés ». Une possibilité que Kim Young-hwan juge « révoltante », soulignant le manque de ressources des associations.
Selon le ministère de l’Agriculture, 1 265 élevages, soit environ 82 % du total, avaient demandé à fermer en mai. Beaucoup tentent de se reconvertir dans l’élevage d’autres animaux, mais les démarches administratives sont lentes. La loi comble aussi un vide juridique de longue date, comme le rappelle Park Joo-yeon, avocate et directrice du groupe de défense des droits des animaux PNR. Les chiens n’ont jamais été classés comme bétail, ce qui empêchait d’imposer des règles de bien-être animal. Dans les abattoirs, les animaux étaient souvent électrocutés, pendus ou battus à mort. « Ils restaient souvent conscients pendant que leurs organes brûlaient et les autres chiens assistaient à la scène », décrit Shin Joo-woon, militante de l’association KARA, qui a sauvé 29 chiens de la ferme de Pyeongtaek le mois dernier et a porté plainte pour cruauté.





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