Nous rejoindre sur les réseaux

Société

Aide à mourir pourquoi les craintes sur les plus modestes ne tiennent pas

Alors que le texte sur l’aide à mourir s’apprête à être voté à l’Assemblée, certains opposants redoutent qu’il profite surtout aux plus fragiles…

Article

le

Aide à mourir pourquoi les craintes sur les plus modestes ne tiennent pas

Alors que le texte sur l’aide à mourir s’apprête à être voté à l’Assemblée, certains opposants redoutent qu’il profite surtout aux plus fragiles économiquement. Les données venues des pays où cette pratique est déjà légale racontent une tout autre histoire.

Depuis des mois, un argument revient dans les débats parlementaires. Des élus de droite et d’extrême droite affirment que les personnes pauvres ou modestes risquent de recourir davantage à l’aide médicale à mourir, poussées par leur situation économique plutôt que par un réel choix. Ils citent souvent l’exemple de l’Oregon, aux États-Unis, où la part des bénéficiaires possédant une assurance privée aurait chuté, signe selon eux d’un glissement vers les plus démunis. Mais cette lecture est trompeuse. Les experts qui ont analysé ces chiffres précisent que posséder ou non une assurance privée n’est pas un bon indicateur de richesse dans un pays où la couverture publique est quasi universelle pour les plus de 65 ans. Aux États-Unis, le niveau d’études est un marqueur bien plus fiable. Et les études montrent exactement l’inverse de ce que craignent les opposants.

Les recherches menées sur plusieurs États américains, sur des milliers de cas entre 1998 et 2020, révèlent un portrait très différent. Plus de 70% des personnes ayant eu recours à l’aide à mourir avaient suivi des études supérieures. Elles étaient majoritairement blanches, âgées et atteintes d’un cancer. Leurs motivations premières étaient la perte d’autonomie ou la dégradation de la qualité de vie, pas des difficultés financières. Moins d’une personne sur dix citait des préoccupations d’argent. Au Canada, un rapport fédéral de 2025 conclut que les bénéficiaires de l’aide à mourir ne viennent pas de manière disproportionnée des communautés défavorisées. En Suisse et en Belgique, les données vont dans le même sens. Une étude suisse a même lié le recours au suicide assisté à un niveau d’études supérieur et à un environnement socio-économique élevé. Les chercheurs belges le disent clairement, les preuves empiriques ne confirment pas la peur d’un impact disproportionné sur les pauvres elles suggèrent même le contraire.

Comment expliquer ce constat contre-intuitif ? Accéder à l’aide à mourir demande des démarches complexes. Il faut connaître le système de santé, savoir formuler sa demande, disposer d’un réseau médical et social solide. Autant de ressources qui sont souvent plus présentes chez les personnes éduquées et bien insérées. Ce capital culturel et social joue un rôle clé. Bien sûr, dans certains cas, des préoccupations financières peuvent exister. Mais les chercheurs insistent il ne faut pas présumer que l’argent sera la raison principale. Les opposants au texte brandissent un risque d’inégalité que les faits ne soutiennent pas. Alors que le débat s’annonce vif à l’Assemblée, ces données venues de l’étranger offrent un éclairage qui déplace la question. Peut-être que le vrai biais est inverse l’aide à mourir serait aujourd’hui plus accessible aux privilégiés qu’aux plus vulnérables.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus