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Le café de Jérusalem devenu champ de bataille du shabbat

Chaque samedi, des ultra-orthodoxes tentent de fermer un café de Jérusalem. Face à eux, les laïcs s’accrochent à leur droit de boire un espresso en paix…

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Le café de Jérusalem devenu champ de bataille du shabbat

Chaque samedi, des ultra-orthodoxes tentent de fermer un café de Jérusalem. Face à eux, les laïcs s’accrochent à leur droit de boire un espresso en paix et le conflit en dit long sur l’avenir politique du pays.

C’est une scène qui se répète chaque semaine depuis deux mois. En plein centre de Jérusalem, devant le café Basimta, des dizaines d’hommes en costumes noirs scandent « Shabbat » à la volée. En face, des contre-manifestants sifflent et brandissent des pancartes roses où l’on peut lire « Notre droit sacré de boire du café ». Alma Ronen, qui a troqué son uniforme de l’armée pour un t-shirt et un jean, voudrait juste profiter de son jour de repos. Mais la jeune Israélienne sait que ce simple plaisir est devenu un acte politique.

Le litige paraît simple. Les ultra-orthodoxes exigent que le café ferme pendant le shabbat, cette période sacrée qui va du vendredi soir au samedi soir. La religion juive interdit alors de travailler, de conduire ou d’utiliser l’électricité. Pour les juifs pratiquants, voir un établissement ouvert ce jour-là, c’est une offense directe à leur foi. « Je ne veux pas que mes enfants voient un café ouvert en sortant de la maison », lance un homme en costume noir à ses opposants, avant d’ajouter que ce genre de lieu « porte atteinte à la foi de sa famille ». Les manifestants religieux ont d’ailleurs refusé de s’exprimer, expliquant que parler pendant le shabbat contreviendrait aux règles.

Mais ce conflit de quartier dépasse largement la question du café. Il touche au cœur de l’identité israélienne et nourrit la campagne électorale avant les législatives du 27 octobre. Benjamin Netanyahu, Premier ministre laïc, gouverne depuis près de vingt ans avec le soutien des partis ultra-orthodoxes. En échange, cette communauté a obtenu des exemptions de service militaire et des allocations pour ses études religieuses. Pour beaucoup d’Israéliens laïcs, c’est un privilège inacceptable. Amit Yair, 77 ans, ne mâche pas ses mots en attendant sa commande. Il traite les orthodoxes de « parasites » qui ne veulent que « l’argent du gouvernement » et dit redouter une dérive théocratique. Alma Ronen, elle, parle avec colère de son expérience de soldate. Elle a combattu à Gaza et dans le sud du Liban et ne supporte pas que certains soient exemptés alors que l’armée manque d’hommes.

Les données racontent une société israélienne partagée. Selon une étude publiée l’année dernière, 53% des juifs israéliens se considèrent comme totalement ou en partie laïcs. Les ultra-orthodoxes, eux, représentent 14,3% de la population et leur poids ne cesse de croître grâce à une natalité très élevée. Une tendance que les experts observent avec attention. Rivitsky Tur Paz, directrice du programme « Religion et Etat » à l’Institut israélien pour la démocratie, constate que la société s’est progressivement sécularisée avec davantage de services ouverts le shabbat. Mais elle relève aussi que la part des juifs pratiquants dans la population augmente. Le traumatisme de l’attaque du 7 octobre 2023, la plus meurtrière de l’histoire du pays, a même poussé certains Israéliens à se rapprocher de la religion.

Ce jour-là, après plusieurs heures de confrontation, les ultra-orthodoxes ont fini par quitter les lieux. Mais tout le monde sait qu’ils reviendront samedi prochain. Et la file d’attente devant le café Basimta, elle, s’allonge un peu plus chaque semaine. Le bras de fer ne fait que commencer.

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