Politique
Mélenchon envoie ses troupes soutenir les lycéens en colère
La France insoumise a choisi de s’aligner sur les lycéens qui bloquent leurs établissements depuis une semaine. Entre présence sur le terrain et refus de…


La France insoumise a choisi de s’aligner sur les lycéens qui bloquent leurs établissements depuis une semaine. Entre présence sur le terrain et refus de condamner les débordements, le parti assume une stratégie qui ne fait pas l’unanimité.
« Un pied dans l’action, un pied dans les institutions. » Jean-Luc Mélenchon répète volontiers cette formule, et ses troupes viennent de la mettre en pratique en se portant au secours des lycéens contestataires. Dès les premiers blocages la semaine dernière, avant même que les caméras ne débarquent, c’est le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko et le député du Val-de-Marne Louis Boyard qui se sont retrouvés sur le terrain aux côtés des élèves. Une implication qui n’a pas échappé au Premier ministre Sébastien Lecornu, lequel a dénoncé lundi une « surenchère irresponsable » de la part d’élus de la gauche radicale.
Le chef insoumis n’a pas tardé à répliquer, accusant le locataire de Matignon d’avoir « ordonné la répression » contre les lycéens, y voyant « un arrière-goût raciste évident ». Les élèves, eux, réclament davantage de moyens, plus d’enseignants et dénoncent des conditions de travail insalubres. Dans la foulée, le patriarche insoumis a sommé élus et militants de s' »interposer partout » là où la situation l’exige. Plusieurs députés ont donc endossé leur écharpe tricolore pour se rendre mardi matin devant des établissements bloqués, au moment où la tension montait face aux forces de l’ordre. Dans l’Essonne, Antoine Léaument a été ovationné devant un lycée de Sainte-Geneviève-des-Bois après avoir promis l’abrogation de Parcoursup.
Jean-Luc Mélenchon a enfoncé le clou en milieu de journée, se disant « fier d’être aux portes des lycées pour défendre nos gamins ». Il a prévenu que ceux qui « tabassent nos enfants », les frappent, les insultent ou laissent filer leur racisme allaient « bientôt nous retrouver sur leur chemin », promettant qu’il n’y aurait « ni oubli ni pardon pour personne ». Côté Insoumis, on renvoie la balle en dénonçant des « provocations » policières et en balayant les accusations. Le coût des dégradations, estimé à 200 000 euros en Île-de-France, les blessures subies par des policiers ou le terme de « violences urbaines » employé par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez ne suffisent pas à faire changer de ligne. Le coordinateur du mouvement Manuel Bompard a fustigé des « caricatures », rappelant qu’on ne peut pas réduire cette mobilisation à quelques incidents. Le maire Bally Bagayoko est allé encore plus loin en estimant que « la violence, à un moment donné, peut être légitime », tout en concédant qu’il vaut mieux l’éviter quand c’est possible.
Chez les responsables de droite, le ton est tout autre. Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, a vu dans ces prises de position une « provocation directe à la rébellion ». La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a rappelé qu’un élu qui justifie la violence « renonce à sa première responsabilité, celle de protéger ». Ces critiques ne semblent guère troubler les Insoumis, habitués à soutenir la radicalité. En 2023, après la mort du jeune Nahel Merzouk à Nanterre, ils avaient déjà refusé d’appeler au « calme » et qualifié de « révoltes populaires » les émeutes qui avaient embrasé le pays. La logique se comprend. Ces blocages touchent des jeunes souvent scolarisés dans les quartiers populaires, un électorat que LFI courtise pour porter Jean-Luc Mélenchon vers l’Élysée. Un sondage Ipsos publié il y a deux semaines le plaçait largement en tête chez les 18-25 ans, avec 41% des intentions de vote. La cheffe des députés Mathilde Panot a nié toute « instrumentalisation », assurant que son parti se tient aux côtés des lycéens parce qu’il soutient leurs revendications. La présidente LR de la région Île-de-France Valérie Pécresse n’y croit pas une seconde. Elle voit dans cette attitude une manière de faire monter le Rassemblement national et accuse LFI de considérer les jeunes comme « de la chair à canon électorale ».
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