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La Polynésie doit réapprendre à manger

L’obésité touche plus d’un adulte sur deux en Polynésie française. Le gouvernement parie sur un vaste plan de prévention pour faire reculer le surpoids.

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La Polynésie doit réapprendre à manger

L’obésité touche plus d’un adulte sur deux en Polynésie française. Le gouvernement parie sur un vaste plan de prévention pour faire reculer le surpoids.

Quand le soleil descend sur Papeete, la plage se transforme en salle de sport. Les pirogues rentrent du lagon, les jeunes s’accrochent aux barres fixes du parc Paofai. Mais ces corps musclés donnent le change. Ils sont devenus l’exception. En Polynésie française, plus d’un adulte sur deux souffre d’obésité. Parmi les adolescents, c’est un sur quatre.

Terai Hatitio a 15 ans et pèse 140 kilos. Le lycéen le reconnaît volontiers, il mange trop à chaque repas. Son père atteint les 210 kilos. Le surpoids complique sa vie quotidienne. Certains mouvements deviennent impossibles, beaucoup de sports lui sont interdits. Trouver des vêtements relève du parcours du combattant. Il doit commander aux États-Unis, une solution hors de prix pour la plupart des Polynésiens. Des boutiques locales se sont spécialisées dans les grandes tailles. Chez Bamboo Kultur, on propose déjà du 5XL et on réfléchit à aller encore plus loin.

L’obésité a progressé en onze ans. Elle touche aujourd’hui 51 % des adultes, contre 40 % auparavant. Les conséquences ne se limitent pas à la balance. Diabète, maladies cardiovasculaires, complications articulaires et digestives. Plus de 46 000 habitants sont en longue maladie, soit 17 % de la population. La Sécurité sociale locale dépense chaque année 335 millions d’euros pour soigner ces pathologies. Un coût énorme qui pousse le gouvernement à agir.

Le ministère de la Santé prépare un plan de prévention pour la période 2026-2031. L’idée est simple mais ambitieuse. Mettre en avant les produits sains et locaux, taxer le gras, le salé et le sucré, encourager le sport en entreprise. Encore faut-il que la population ait envie de changer. En Polynésie, un beau bébé est souvent bien joufflu. L’obésité n’a jamais bloqué une carrière publique, comme en témoignent certains présentateurs télé ou le président du pays lui-même. La ministre de la Santé, Raihei Ansquer, insiste sur l’éducation dès le plus jeune âge. Les 84 écoles en santé apprennent déjà aux enfants à résister aux goûters trop sucrés.

Pour l’anthropologue Daniel Monconduit, le regard polynésien sur le corps explique cette situation. Manger beaucoup et être gros, c’est perçu positivement. Dans son centre Ora Ora, il accompagne chaque année plus de 300 patients vers une reprise en main. Certains pesaient 180 ou 200 kilos et vivaient parfaitement bien avec leur poids. Ils restaient autonomes, ce qui renforçait l’impression de normalité. Mais les résultats spectaculaires de la première année ne durent pas toujours. Beaucoup de patients retombent dans leurs anciennes habitudes. Et dans les îles éloignées, aucun accompagnement n’existe.

Selon les experts, la génétique n’est pas en cause. C’est un problème comportemental. Le passage d’une culture à l’autre a bouleversé les habitudes alimentaires, créant des dépendances nouvelles au sucre. La solution passe par une prévention ancrée dans la culture locale. Il y a urgence. La Sécurité sociale est exsangue. La compagnie Air Tahiti a même commencé à peser ses passagers, car le poids moyen ne cesse d’augmenter et complique les atterrissages sur les pistes courtes des atolls.

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