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À Vienne, une plainte pour pipi gratuit secoue la mairie

Une jeune femme attaque sa propre ville parce que les hommes urinent gratuitement quand les femmes paient pour une cabine. Son action en justice pourrait…

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À Vienne, une plainte pour pipi gratuit secoue la mairie

Une jeune femme attaque sa propre ville parce que les hommes urinent gratuitement quand les femmes paient pour une cabine. Son action en justice pourrait faire jurisprudence dans tout le pays.

Melanie a 27 ans et habite Vienne. Un jour, elle s’arrête dans un parc et remarque une différence qui la laisse sans voix. Les hommes peuvent utiliser les urinoirs publics sans débourser un centime. Les femmes, elles, doivent glisser 50 centimes dans la machine pour accéder à une cabine. « Comment est-ce possible ? », se demande-t-elle. Elle ne voit pas pourquoi son anatomie devrait lui coûter de l’argent à chaque passage aux toilettes.

Cette Autrichienne ne veut pas en rester là. Elle a donc porté plainte contre la municipalité en s’appuyant sur la loi viennoise contre les discriminations. Son avocate, Petra Laback, résume le problème en une phrase simple. Le système actuel donne aux hommes une alternative gratuite, alors que les femmes n’ont pas ce choix. Pour elle, c’est une inégalité de fait entre les sexes. Et l’affaire pourrait aller loin. Si la justice donne raison à sa cliente, ce jugement deviendrait un précédent. D’autres communes autrichiennes pourraient alors être obligées de revoir leurs tarifs.

La ville de Vienne, elle, se défend. Sa porte-parole Sandra Holzinger rappelle que sur 168 toilettes publiques fixes, plus de 80% sont gratuites. Seules 29 installations demandent un droit d’entrée. Ce sont des endroits très fréquentés, où du personnel doit nettoyer en continu. Et le tarif est identique pour tous, hommes ou femmes. Quant aux urinoirs gratuits, c’est un choix volontaire. La municipalité explique vouloir éviter que les hommes urinent dans la rue, comme dans beaucoup de villes européennes.

La professeure de droit Anna Gamper, de l’Université d’Innsbruck, trouve cette plainte tout à fait sérieuse. Selon elle, le principe d’égalité empêche de distinguer hommes et femmes sans une justification objective particulière. Or, dans le cas des toilettes publiques, cette justification n’existe pas. Les coûts de construction, d’entretien et de nettoyage sont comparables. Même si les cabines coûtaient un peu plus cher en eau ou en maintenance, cela ne suffirait pas à expliquer une différence de prix. Les femmes ne doivent pas être pénalisées financièrement à cause de leur corps ou de leur besoin de sécurité.

L’argument de la ville selon lequel les hommes qui choisissent une cabine paient aussi ne tient pas la route. Ces hommes conservent toujours une option gratuite, les urinoirs. Les femmes, elles, n’ont pas cette alternative. Leur anatomie les oblige à passer par la cabine. Et c’est bien là le cœur du problème.

Peut-être que la solution se trouve justement dans le parc où Melanie s’est indignée. Au jardin Augarten, pas d’urinoirs séparés ni de cabines payantes. Il n’y a que des cabines unisexes, gratuites, propres et élégantes, en céramique blanche. Elles ont été conçues par des architectes pour se fondre dans le paysage. Et leur secret est ingénieux. Chaque cabine contient un urinoir surmonté d’une lunette amovible. Ainsi, tout le monde peut l’utiliser, dans la même dignité, sans sortir son porte-monnaie.

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