Nous rejoindre sur les réseaux

Société

Le mégafeu éteint, les sinistrés de Gironde affrontent leurs assureurs

Maisons détruites, repères perdus, indemnisations incertaines. Dans le Porge, les habitants tentent de reconstruire leur vie en affrontant des expertises…

Article

le

Le mégafeu éteint, les sinistrés de Gironde affrontent leurs assureurs

Maisons détruites, repères perdus, indemnisations incertaines. Dans le Porge, les habitants tentent de reconstruire leur vie en affrontant des expertises et des clauses qu’ils jugent injustes.

Le Porge porte encore les marques du feu. Des murets noircis, des terrains calcinés, quelques objets épargnés par les flammes. Fin juillet, la France a connu son plus grand incendie depuis 1949. Il a dévasté 42 000 hectares en Gironde et forcé 220 000 personnes à évacuer. Dans cette commune de 3 500 habitants, 183 habitations sont parties en fumée. Les flammes se sont éteintes. Une autre épreuve commence.

Yves Brugieregarde a tout perdu dans les flammes. Cet ancien militaire avait acheté sa maison au Porge avec sa compagne en 2012. Aujourd’hui, il ne reste que des murets noircis, une chaise verte en bois et un parasol, épargnés par miracle. Les boules de pétanque ont pris une drôle de forme, tellement elles ont chauffé. L’expert de son assurance est passé, mais le retraité refuse de signer le constat. Le document ne correspond pas à la réalité, juge-t-il. Il envisage de faire appel à un expert indépendant, même si la facture sera très lourde. Il regrette de ne pas avoir pris de photos récentes et de ne pas avoir fait réévaluer la valeur de ses biens. Le coefficient de vétusté, cette décote liée à l’usure, fait baisser la somme proposée. « On a le sentiment que nos vies ne valent rien », souffle-t-il. Il redoute surtout la suite. Quand la pression médiatique sera retombée, les assurances pourraient bien sortir un petit alinéa que personne n’avait vu.

Les assureurs se sont mobilisés. La Macif a stationné un bus sur la place centrale du Porge pour venir au contact des habitants. L’objectif est simple. Répondre aux questions et effectuer des remboursements rapides contre présentation de factures. Marie-Ghislaine Lacapère, mandataire pour la Nouvelle-Aquitaine, insiste sur cette présence physique. Elle explique que ce contact direct évite le téléphone et les formulaires en ligne. France Assureurs tient aussi une permanence depuis le retour des habitants, le 3 août. Sur le terrain, les experts découvrent un chantier hors norme.

Guillaume Cadier, expert en sinistres majeurs, intervient pour le compte des compagnies. Il décrit des bâtiments fracassés et un nombre de dossiers difficile à absorber. Quand il ne reste rien, la méthode change. On écoute d’abord le sinistré, explique-t-il, car personne ne connaît mieux sa maison que lui. L’expert s’appuie ensuite sur ses observations, sur les plans du bâtiment récupérés ailleurs et sur les déclarations faites à l’assurance. Le chiffrage complet demandera des semaines, parfois des mois. Cette attente est nécessaire pour que chacun puisse se projeter.

Les situations particulières ne manquent pas. Béatrice a laissé sa voiture au Porge pendant le sinistre. Depuis, elle toussote. Elle voudrait remplacer le filtre à particules, mais son assurance n’avance rien de précis. Une franchise de 300 euros est évoquée. Aucun geste commercial pour les habitants, s’agace-t-elle. Dans les restaurants, la frustration est du même ordre. Julien Picot tient une brasserie à Porge-Océan. Il est resté fermé une dizaine de jours en plein mois de juillet. Au premier appel, son assureur se montre rassurant. Au deuxième, on lui réclame des papiers et on évoque la distance kilométrique avec le feu. Il sent que la porte se referme.

Reste un espoir, celui de voir le gouvernement mettre son poids dans la balance. Il doit se rendre au Porge lundi, en nombre. Les sinistrés attendent de ce déplacement une pression réelle sur les compagnies. Ils veulent que ce mégafeu ne finisse pas en second désastre. Cette fois, ce ne serait pas le feu qui détruirait leurs vies, mais la paperasse.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus