Société
Près de 2.000 interpellations après une journée de blocages qui a dérapé dans les lycées
La mobilisation des lycéens, rejointe par les étudiants, a basculé jeudi dans la violence dans des dizaines de villes de France, entre feux, proviseurs…


La mobilisation des lycéens, rejointe par les étudiants, a basculé jeudi dans la violence dans des dizaines de villes de France, entre feux, proviseurs agressés et interpellations massives. Le gouvernement accuse La France insoumise d’orchestrer le mouvement, la gauche parle de répression.
Neuf cents actions recensées devant des lycées, tous les départements touchés, près de 2.000 interpellations et plus de 300 policiers et gendarmes blessés. Le blocage des établissements, parti d’une colère sur les moyens, a changé de nature jeudi. Poubelles renversées sur la chaussée, feux allumés devant ou à l’intérieur des bâtiments, projectiles lancés, abribus brisés, mortiers d’artifice et gaz lacrymogènes tirés. Les scènes se sont répétées d’une ville à l’autre, et le ministre Laurent Nuñez a dénoncé une violence débridée.
Les proviseurs ont payé un prix lourd. Plusieurs ont été agressés ou molestés, en Normandie, à Clermont-Ferrand, dans le Pas-de-Calais. À Marseille, la direction du lycée Victor Hugo a été prise à partie et des pompiers ont été attaqués alors qu’ils intervenaient sur un feu devant le lycée Saint-Exupéry, où un journaliste a aussi été agressé et sa caméra cassée. À Perpignan, six lycées étaient bloqués et une jeune fille a été blessée en pleine manifestation. Dans la Marne, treize policiers ont été légèrement touchés. À Paris, un policier municipal a été blessé après que des personnes s’en sont prises à son véhicule. Une jeune policière qui ramassait sa radio tombée au sol a été rattrapée, menacée de mort et frappée à coups de pied, des faits filmés et diffusés sur les réseaux. Elle a porté plainte.
Le ministre de l’Éducation nationale Edouard Geffray a livré un bilan inédit. Deux cent trente-cinq blessés de son côté, dont 65 personnels et 160 élèves. Du jamais-vu, dit-il. Trois enquêtes ont par ailleurs été ouvertes par l’IGPN, la police des polices, après que des lycéens ont été blessés pendant des blocages.
Derrière les barricades, il y a des revendications très concrètes. Plus de moyens humains et financiers pour l’Éducation nationale, moins de pression liée à Parcoursup, des professeurs remplacés, des bâtiments corrects et des emplois du temps moins chargés. Maëlle, 16 ans, lycéenne à Caen, résume le malaise. On manifeste contre les classes surchargées, contre un gouvernement qui n’investit pas dans le chauffage, la climatisation ou le salaire des profs. À Rennes, Lola, élève de seconde, assume la radicalité. Les jeunes doivent mettre le bazar pour qu’on les entende, on n’a pas d’autre manière.
Le mouvement ne s’arrête plus aux portes des lycées. Les étudiants l’ont rejoint jeudi et une quarantaine de sites de l’enseignement supérieur ont connu blocages et dégradations, d’après le ministère de tutelle. Des collégiens s’y sont mis aussi. Vendredi, le ministre de l’Éducation reçoit les syndicats, les associations lycéennes dont l’Union syndicale lycéenne, fer de lance de la mobilisation, les fédérations de parents et les élus du Conseil national de la vie lycéenne.
À Matignon, la lecture est tout autre. Les services du Premier ministre estiment que le mouvement a basculé vers des violences urbaines et parlent d’une manoeuvre organisée avec les proxys de l’ultra-gauche. Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a aussitôt appelé le gouvernement à ne pas sombrer dans le complotisme. Sébastien Lecornu avait dénoncé dès lundi une surenchère irresponsable d’élus LFI réclamant l’extension des blocages, avant que Jean-Luc Mélenchon ne lui réponde en l’accusant d’avoir ordonné la répression avec un arrière-goût raciste évident. Olivier Faure, patron du PS, fustige l’irresponsabilité du gouvernement, tandis que Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, veut faire interdire LFI.
Face aux débordements, l’exécutif a serré la vis. Tous les préfets ont pris des arrêtés interdisant les rassemblements vendredi aux abords des lycées fermés ce jour-là. À Paris, le préfet de police Patrice Faure a visé treize établissements. Une quarantaine de lycées des Bouches-du-Rhône basculent en cours à distance. Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a réuni les 36 procureurs généraux en visioconférence pour exiger une grande fermeté dans la réponse pénale. Sébastien Lecornu a aussi demandé à ses ministres de renoncer à leurs déplacements pour que les préfets se concentrent sur la crise.
Et une annonce a mis le feu aux poudres. Le gouvernement présentait jeudi son projet de budget 2027, avec des frais d’inscription pour les étudiants non boursiers en BTS et en classes préparatoires. Une provocation pour la gauche et plusieurs syndicats. Dans la soirée, le ministre de l’Éducation a annoncé le retrait de la mesure. Une nouvelle journée de mobilisation est déjà fixée au 6 octobre.
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