Société
Blocus des lycées en Île-de-France, la colère monte et le pouvoir s’agace
Des dizaines d’établissements bloqués, trente et une interpellations et un ministre qui crie à la récupération politique. Parti du Val-de-Marne, le…

Des dizaines d’établissements bloqués, trente et une interpellations et un ministre qui crie à la récupération politique. Parti du Val-de-Marne, le mouvement lycéen s’étend à toute la région parisienne sans faiblir.
Depuis plusieurs jours, des lycéens bloquent leur établissement un peu partout en Île-de-France. Né dans le Val-de-Marne, notamment au lycée Saint-Exupéry de Créteil, le mouvement s’est propagé à une vitesse folle, porté par les images qui circulent sur les réseaux sociaux. Voir d’autres lycées se lever « nous a un peu donné la force de nous lever, nous aussi », souffle Shaïna, postée tôt devant le lycée Jean-Moulin au Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis.
Ces élèves n’arrivent pas sans raisons. Dans son établissement, « ça fait trois ans que ça va mal », lâche Shaïna, qui raconte des candidats au bac privés de professeur principal. Maya, 17 ans, en terminale professionnelle, en remet une couche. Emplois du temps saturés, toilettes sales, personnel manquant. La surcharge des classes, la chaleur, la pression de Parcoursup et ces incidents entre élèves et enseignants qui ne débouchent jamais sur rien reviennent dans toutes les discussions. Ryad Rani, à la tête de l’Union syndicale lycéenne, cite l’absence d’assistants d’éducation, d’infirmières, d’assistantes sociales et de cadres de direction.
Face à l’ampleur du phénomène, les rectorats admettent que la mobilisation prend de la vitesse. En Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, une grosse dizaine de lycées ont de nouveau été bloqués, avec attroupements, mouvements de foule et dégradations matérielles. Dans l’Essonne, trois établissements sur soixante-deux sont perturbés, cinq sur soixante-cinq dans les Hauts-de-Seine. La préfecture de police de Paris recense trente et une interpellations dans l’agglomération, sans préciser les lieux ni les suites. Quelques mobilisations ont dérapé en actes de vandalisme ou en tirs de mortier d’artifice.
Tout n’a pas viré au chaos pour autant. Au lycée Rosa-Parks de Montgeron, des feux d’artifice ont claqué dans la salle des professeurs avant d’être très vite neutralisés par une police déployée en préventif, rapporte Sophie Vénétitay, enseignante et secrétaire générale du Snes-FSU. Dans le Val-de-Marne, un lycéen de Guillaume-Budé mentionne des interpellations liées aux mortiers, tout en martelant que la journée est restée globalement calme, entre pancartes, Marseillaise chantée et échanges avec le député Louis Boyard.
Le monde politique s’invite dans les cours. Le ministre de l’Éducation nationale Edouard Geffray dénonce une « instrumentalisation politique de la jeunesse » et pointe des députés LFI qui, selon lui, poussent les jeunes à bloquer depuis plusieurs jours. Il assure que les difficultés appellent des réponses concrètes, réglées établissement par établissement, et que rien ne justifie les tirs de mortiers, l’accès aux cours entravé ou la violence.
Chez les Insoumis, on ne recule pas. Louis Boyard veut voir le mouvement s’étendre, en soulignant que ces élèves « manquent de tout » là où les lycées de riches ne manquent de rien. Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, dit regretter les violences et les dégradations tout en défendant le droit des jeunes de sa ville à porter leurs revendications en sécurité. Thomas Portes a relayé la vidéo d’une interpellation à Sarcelles. À sept mois de la présidentielle, la grogne des lycées est devenue un terrain politique.
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