Société
L’automne agricole s’annonce sous tension après un été de tous les dangers
Après un été dévastateur pour les fermes, les syndicats agricoles se déchirent sur la marche à suivre. Entre réponses d’urgence et appels à transformer le…

Après un été dévastateur pour les fermes, les syndicats agricoles se déchirent sur la marche à suivre. Entre réponses d’urgence et appels à transformer le modèle, la colère couve avant l’automne.
L’été a été rude pour le monde agricole. Entre sécheresses à répétition, cultures abîmées et élevages fragilisés, le paysage est déjà marqué alors que la loi d’urgence agricole vient d’être adoptée. La tension monte, et les syndicats ne regardent pas tous dans la même direction.
La Coordination rurale, deuxième syndicat, redoute un automne avec un « risque majeur d’une crise humaine inédite ». La Confédération paysanne, troisième organisation, parle elle de « braises de la colère » qui pourraient se rallumer. Mais les remèdes proposés n’ont rien à voir. La Coordination rurale, connue pour ses actions coup de poing, demande par exemple d’irriguer sans tenir compte des restrictions et de réintroduire des pesticides interdits. La Confédération paysanne, à l’inverse, plaide pour une « bifurcation agroécologique indispensable » et soutient les manifestations d’octobre contre les pesticides. Pendant ce temps, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, assure que l’adaptation des fermes au climat est en cours mais prendra des années. Avant de penser au long terme, dit-il, « encore faut-il survivre à cette crise ». Son syndicat n’envisage pas de manifester pour l’instant.
Ce contexte exacerbe les divisions, analyse Claire Ruault, sociologue spécialiste de l’agriculture. Selon elle, on répond surtout dans l’urgence, avec des compensations financières, au lieu de mener une vraie réflexion globale sur l’adaptation. Les agriculteurs reçoivent des injonctions contradictoires. Depuis l’après-guerre, on leur demande de changer, mais les orientations actuelles restent floues. Il faut à la fois maintenir la productivité, exporter sur un marché ultra compétitif, produire beaucoup et à bas coût, tout en respectant la transition agro-écologique affichée par le gouvernement, sans moyens adaptés. En plus, les études sur les résidus de pesticides, les additifs ou les PFAS dans les aliments renforcent une culpabilisation individuelle pesante.
De son côté, Eve Fouilleux, directrice de recherche au CNRS, rappelle que les politiques publiques ont longtemps poussé à l’agrandissement et à l’hyperspécialisation des exploitations, avec une utilisation massive d’engrais et de pesticides. Résultat, des fermes plus vulnérables aux crises et des dégâts environnementaux et sanitaires importants. La sécheresse record et les canicules vont créer des situations dramatiques à la rentrée. Beaucoup d’agriculteurs, très endettés, se disent assommés et n’ont plus de marge de manœuvre. Ils sont en première ligne du réchauffement, et l’inquiétude grandit face au risque de suicides dans une profession déjà mobilisée trois hivers d’affilée.
Une nouvelle mobilisation est-elle possible ? Eve Fouilleux n’écarte pas un mouvement indépendant des syndicats, comme en 2024 pour les revenus, ou porté par la Coordination rurale et la Confédération paysanne, comme en 2025 contre la gestion de la dermatose bovine. Mais elle rappelle que ces épisodes ont souvent été récupérés à la fin par l’alliance FNSEA-Jeunes Agriculteurs. Cette alliance dispose de ressources politiques et économiques pour mobiliser et réorienter le débat autour de la fausse idée que la souveraineté alimentaire serait menacée. Elle défend ainsi les pesticides et l’accès prioritaire à l’eau, avec un objectif d’exportation, comme le montre la loi d’urgence agricole. Pourtant, l’alliance a perdu sa majorité aux dernières élections professionnelles, et ses dirigeants apparaissent déconnectés de la base. Claire Ruault note aussi que les agriculteurs ont du mal à construire un point de vue collectif au niveau local pour peser sur les politiques. Et Eve Fouilleux insiste sur un paradoxe. Quand on les interroge individuellement sur la transition écologique, ils sont massivement pour. Mais le système ne les incite pas à changer.
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