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Une ancienne ministre d’Erdogan rattrapée par un scandale boursier à 15 milliards d’euros

La justice turque a gelé les biens de Fatma Betül Sayan Kaya, ex-ministre de la Famille et ancienne vice-présidente de l’AKP, ainsi que ceux de son mari.…

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Une ancienne ministre d'Erdogan rattrapée par un scandale boursier à 15 milliards d'euros

La justice turque a gelé les biens de Fatma Betül Sayan Kaya, ex-ministre de la Famille et ancienne vice-présidente de l’AKP, ainsi que ceux de son mari. L’affaire, qui aurait lésé plus de 455 000 petits investisseurs, menace d’éclabousser le parti au pouvoir à quelques heures de la rentrée parlementaire.

Fatma Betül Sayan Kaya a rendu les armes sur le terrain politique. Celle qui occupait l’un des postes de vice-présidente du Parti de la justice et du développement a annoncé sa démission de toutes ses fonctions au sein de la formation du président Recep Tayyip Erdogan. Dans la foulée, le parquet général d’Istanbul a fait savoir que l’ensemble de ses biens, et ceux de son époux İlyas Kaya, étaient désormais gelés. L’ancienne ministre de la Famille, en poste entre 2016 et 2018, n’a reconnu aucune infraction. Elle affirme simplement souhaiter qu’une enquête indépendante et impartiale puisse voir le jour, sans la moindre suspicion ni influence indue.

L’origine de la tempête remonte à une décision de l’Autorité des marchés de capitaux turque. À la fin du mois d’août, celle-ci a ordonné aux fonds d’investissement de ne plus concentrer leurs placements sur une seule action et de diversifier leurs actifs. Pris de court, les gestionnaires ont vendu en masse, les épargnants ont retiré leur argent, et certains fonds ont expliqué ne pas pouvoir liquider leurs positions assez vite. Sept sociétés gérant 131 fonds ont fini en liquidation, avec des actifs devenus toxiques évalués à environ 15 milliards d’euros. Dans la foulée, plus de 455 000 investisseurs particuliers se retrouvent avec des pertes sèches.

Face à la colère, le gouvernement et sa majorité ont promis de rembourser les victimes et de punir les responsables, y compris dans leurs propres rangs si nécessaire. Les mesures prises pour calmer les marchés semblent porter leurs fruits. Mais la dimension politique de l’affaire, elle, ne retombe pas. Le Nouveau Parti, dans l’opposition, a prévenu qu’il publierait la liste des personnalités de l’AKP ayant profité de détournements de fonds. Il accuse Mme Kaya d’avoir placé 63 millions de livres turques, soit environ 1,15 million d’euros, dans ces montages en avril, avant de revendre ses parts en septembre avec un bénéfice proche de 1,3 milliard de livres, autour de 23,6 millions d’euros. En ajoutant les opérations distinctes de son mari, les gains du couple atteindraient 2,2 milliards de livres, soit près de 40 millions d’euros, selon le porte-parole de la formation, Gunaydin. Certains médias affirment que la responsable a depuis remboursé les sommes amassées, tout en soulignant qu’aucune poursuite n’a encore été engagée contre elle.

L’enquête, elle, continue de s’élargir. Le ministre de la Justice Akin Gürlek a indiqué que 217 suspects étaient désormais visés, dont 56 placés en détention provisoire et 88 sous contrôle judiciaire. Sur le réseau social X, il a précisé que les mouvements portant sur 26 actions jugées suspectes d’opérations spéculatives et manipulatoires étaient passés au crible, tout comme l’historique des transactions, les flux financiers et les comptes ayant engrangé des gains exceptionnellement élevés en très peu de temps. Le président Erdogan a de son côté installé un comité ad hoc pour piloter la gestion de la crise. Il martèle que l’AKP est un parti propre, comme son nom l’indique, puisque « ak » signifie « blanc » en turc. Visant l’opposition, il a lancé que ses adversaires, sans même regarder leurs propres dossiers noirs comme du charbon, tentaient de donner des leçons de morale et d’éthique politique, avant de les inviter à dégager.

Le sujet s’annonce comme un caillou dans la chaussure du pouvoir au moment où s’ouvre la session parlementaire, durant laquelle le chef de l’Etat doit prononcer un discours. Le chef de l’opposition Özgür Özel a choisi de ne pas y assister et ne mâche pas ses mots. Pour lui, le cas de Mme Kaya n’est que le sommet de l’iceberg, et le scandale mérite un tout autre nom, celui de casse du siècle. Devant les parlementaires de son parti, il a annoncé la création de groupes de travail chargés d’enquêter et réclamé une commission d’enquête parlementaire, promettant que les responsables seraient démasqués, d’une manière ou d’une autre.

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