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Google parie gros sur la Finlande et chamboule la vie d’un village

À Muhos, dans le nord du pays, un centre de données du géant américain sort de terre au milieu des champs et des forêts. Un investissement historique qui…

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Google parie gros sur la Finlande et chamboule la vie d'un village

À Muhos, dans le nord du pays, un centre de données du géant américain sort de terre au milieu des champs et des forêts. Un investissement historique qui promet de l’activité, mais qui inquiète aussi sur son impact.

Sur le chemin de gravier qui borde son exploitation, Joni Pitkänen n’a plus tout à fait le même paysage qu’avant. La forêt a été rasée sur un terrain racheté par Google, et les pelleteuses s’activent sans relâche pour dégager la terre et les troncs. Cet agriculteur de 36 ans, qui élève une centaine de vaches laitières, s’apprête à côtoyer un voisin d’un genre nouveau. Il l’admet sans détour, le chantier est si vaste qu’il peine lui-même à en saisir l’ampleur, alors qu’il vit juste à côté.

Le projet n’a rien d’anecdotique. Il s’inscrit dans une enveloppe de 13 milliards d’euros que Google compte déployer en Finlande sur les deux prochaines années, son plus gros investissement jamais réalisé en Europe. Quatre municipalités sont concernées, Kajaani, Muhos et Vaala venant s’ajouter à Hamina, où l’entreprise exploite déjà un site. Même à Washington, l’affaire fait parler, puisque Donald Trump a demandé publiquement à Google, sur son réseau Truth Social, de revoir ses plans.

Sur place, tout le monde ne voit pourtant pas l’arrivée du géant d’un mauvais œil. Pitkänen se dit plutôt favorable, convaincu que le chantier apportera une activité économique à grande échelle et un peu de vie à sa commune rurale, forte d’environ 8 800 habitants. Il reste toutefois lucide sur un point, la consommation d’énergie et la manière dont la localité pourra s’y préparer. Le maire de Muhos, Kimmo Hinno, parle d’un investissement gigantesque, rappelant qu’aucune industrie de ce type n’existe dans le coin. Selon lui, cela va bouleverser la donne pour la municipalité et toute la région d’Oulu, avec des milliers de travailleurs de nationalités diverses à loger et à nourrir pendant les travaux. Devant une épicerie, Aila Heilimä, infirmière de 60 ans, veut croire que l’élan profitera aux jeunes, qui pourraient rester au village au lieu de partir chercher du travail dans les grandes villes.

Tout n’est pas si simple. La société Tuike Finland, qui représente Google, est soupçonnée d’avoir mis à nu plus de 300 hectares de forêt à Muhos sans avoir réalisé au préalable l’évaluation d’impact environnemental exigée. L’Agence finlandaise de surveillance a ouvert une enquête. Pour Hanna Halmeenpää, présidente de l’Association finlandaise pour la protection de la nature, les opérations devraient être stoppées tant que la conformité du projet n’est pas éclaircie. Elle s’appuie sur des images satellite pour affirmer que des sites naturels dignes d’être préservés ont été touchés, et évalue la zone coupée à l’équivalent de 420 terrains de football.

Google défend sa position. L’entreprise assure que l’abattage a été mené dans le respect de la loi et qu’elle attend désormais les consignes de l’Agence. Son responsable de la communication en Finlande, Sondre Ronander, met en avant des études poussées sur la nature, menées sur l’ensemble de la zone dans le cadre des procédures de zonage et d’évaluation, afin de protéger les espaces de grande valeur pendant les travaux forestiers.

Cette affaire s’inscrit dans un mouvement plus large. Grâce à un climat frais et à une électricité plutôt stable et bon marché, largement issue du nucléaire, sans compter une solide capacité éolienne et hydraulique, la Finlande attire les centres de données. Le pays traverse pourtant une période difficile, avec un chômage record et une croissance molle, ce qui pousse le gouvernement de droite de Petteri Orpo à soutenir ces projets. Mais les dizaines de sites en construction, et ceux encore à l’étude, dont un pour TikTok, nourrissent un vrai débat. Les doutes sur le prix de l’énergie, la capacité du réseau et les conséquences sur l’environnement ont fait naître une pétition citoyenne réclamant davantage de règles. Elle a réuni plus de 50 000 signatures en trois jours et doit maintenant être examinée.

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