Faits Divers
Dix ans de prison pour Ras Bath et Rose, les voix qui dérangeaient la junte malienne
Le chroniqueur Ras Bath et l’influenceuse Rokia Doumbia ont été condamnés lundi à dix ans de prison, dont trois avec sursis. Une peine qui inquiète les…


Le chroniqueur Ras Bath et l’influenceuse Rokia Doumbia ont été condamnés lundi à dix ans de prison, dont trois avec sursis. Une peine qui inquiète les défenseurs des droits humains dans un pays où les libertés se rétrécissent.
Lundi, la chambre criminelle de la cour d’appel de Bamako a rendu son verdict. Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, et Rokia Doumbia, surnommée « Rose, la vie chère », ont été reconnus coupables d’association de malfaiteurs et d’atteinte au crédit de l’État. La peine est tombée pour chacun. Dix ans de prison, dont trois avec sursis.
L’affaire trouve son origine dans une émission de Ras Bath diffusée en 2023. Le chroniqueur y évoquait la flambée des prix et les difficultés économiques des Maliens. C’est ce programme qui a valu aux deux prévenus d’être poursuivis. Ras Bath est derrière les barreaux depuis mars 2023. Il était déjà incarcéré pour avoir affirmé que l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, mort en détention, avait été assassiné. Son apparition au procès, le 10 août, a marqué les personnes présentes. Son visage émacié et ses traits tirés ont frappé les observateurs.
Durant les débats, le procureur a estimé que Ras Bath représentait un danger pour la transition, d’après deux avocats ayant requis l’anonymat. Il aurait demandé qu’il soit tenu éloigné des médias et des réseaux sociaux. Les avocats de Ras Bath ont rejeté les accusations de collusion, fondées sur des échanges WhatsApp. Me Ladji Traoré a annoncé qu’il allait se pourvoir devant la Cour suprême. « Nous n’acceptons pas cette décision », a-t-il martelé.
De son côté, le Réseau des défenseurs des droits humains du Mali a vivement réagi. Son président, Souleymane Camara, a dénoncé une condamnation qui punit des citoyens pour avoir fait leur métier. Selon lui, la justice malienne a cessé de garantir la Constitution depuis qu’elle a avalisé les coups d’État. Il a prévenu que les menaces n’empêcheraient pas les citoyens d’exprimer leur colère.
Ras Bath n’est pas un novice face à la justice. Fils de l’ancien ministre Mohamed Aly Bathily, il porte la voix du Collectif pour la défense de la République. Ses émissions « Cartes sur table » et « Le Grand dossier » lui ont construit une solide audience, notamment auprès des Maliens marginalisés. Son approche directe, résumée par « choquer pour éduquer », lui a aussi valu des démêlés judiciaires à plusieurs reprises. Arrêté en août 2016 pour incitation à la désobéissance des troupes, il est relâché deux jours plus tard sous la pression de ses partisans. En juillet 2017, il est condamné par contumace à douze mois de prison. Il a également participé au mouvement de contestation contre Ibrahim Boubacar Keïta. En décembre 2020, une nouvelle arrestation dans une affaire de complot présumé se solde par une libération en avril 2021, faute de preuves.
Au-delà de ce dossier, c’est tout un espace public qui se referme au Mali. Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, les militaires ont imposé des restrictions sévères. L’opposition est muselée, des organisations critiques sont dissoutes. Le général Assimi Goïta, qui dirige la junte, n’a pas tenu sa promesse de remettre le pouvoir aux civils en mars 2024. Reporters sans frontière classe le pays à la 121e place sur 180 pour la liberté de la presse.
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