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À La Réunion, la seconde main vient au secours des cartables et des budgets

Alors que la rentrée approche à grands pas, les Réunionnais les plus modestes cherchent des solutions pour boucler leur budget. Dans l’île, des collectes…

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À La Réunion, la seconde main vient au secours des cartables et des budgets

Alors que la rentrée approche à grands pas, les Réunionnais les plus modestes cherchent des solutions pour boucler leur budget. Dans l’île, des collectes et des échanges de fournitures scolaires permettent déjà à de nombreuses familles de souffler.

Chez Béatrice, l’affaire est presque réglée. Les bras chargés de jeux et de livres ayant appartenu à ses petits-enfants, cette institutrice de maternelle, bientôt à la retraite, pousse la porte de l’espace Trokali, une brocante installée dans la déchetterie de Saint-Leu, dans l’ouest de La Réunion. Elle vient y déposer ce qui ne lui sert plus, quelques jours avant la rentrée. Sur place, vêtements, livres et objets du quotidien s’entassent en attendant une seconde vie. Pour Béatrice, l’objectif est double. Se débarrasser de l’inutile, mais aussi faire profiter d’autres familles du fruit de 42 années d’enseignement. “Une pièce entière remplie de classeurs, de cahiers, de feutres et de livres”, raconte-t-elle.

L’initiative porte un nom, Trok’ékol. Entre juin et août, les habitants sont invités à donner le matériel scolaire dont ils n’ont plus l’usage, afin qu’il soit récupéré gratuitement par ceux qui en ont besoin. “Des cahiers, des stylos, des classeurs”, énumère Nicolas Guérin, directeur de l’environnement au sein du Territoire de l’Ouest, à l’origine de l’opération déployée dans cinq déchetteries de l’ouest de l’île. Béatrice, elle, ne s’y trompe pas. Les prix flambent, dit-elle. Les cartables sont devenus très chers et le moindre cahier coûte quatre euros. “C’est un énorme budget”, soupire-t-elle.

Dans cette île de l’océan Indien, la réalité économique pèse lourd. Le coût de la vie y est supérieur de 9% à celui de la métropole, selon l’Insee. Environ 36% de la population vit sous le seuil de pauvreté, contre 15% en France hexagonale. Le département est le troisième plus pauvre du pays, derrière Mayotte et la Guyane. Les familles les plus modestes perçoivent bien l’allocation de rentrée scolaire, autour de 448 euros en moyenne cette année, mais cette somme ne compense pas tout, loin de là.

Face à cette situation, la solidarité s’organise. L’association Le Rézo’ Kréol vient de lancer une vaste collecte de vêtements et de fournitures scolaires pour les redistribuer gratuitement aux familles en difficulté. Dans le sud, l’ouest et le nord, Ti Tang Récup récupère des vêtements toute l’année et les revend au kilo, à bas prix. “Notre enjeu est de valoriser les vieux linges tout en offrant un outil de lutte contre la pauvreté”, explique Sylvie Bruno, qui a fondé la structure il y a douze ans.

Ces gestes de partage ont aussi une vertu écologique. À Saint-Leu, le maire Karim Juhoor insiste sur la nécessité de favoriser le réemploi dans un territoire insulaire où les déchets s’accumulent. Les deux centres d’enfouissement de l’île sont saturés, comme l’a pointé un rapport de la chambre régionale des comptes publié en août 2025. Selon ces travaux, jusqu’à 80% des déchets réunionnais pourraient être valorisés, mais le taux actuel ne dépasse pas 38%. Manque de déchetteries, méconnaissance des filières, les freins restent nombreux. Chaque cahier, chaque stylo donné est donc une petite victoire sur la précarité, mais aussi sur la poubelle.

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