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Ils ont été chassés du Pakistan, mais l’Afghanistan les attend sans identité
Des milliers d’Afghans expulsés du Pakistan franchissent la frontière de Torkham. Mais sans carte d’identité, ils sont privés du minimum pour recommencer…


Des milliers d’Afghans expulsés du Pakistan franchissent la frontière de Torkham. Mais sans carte d’identité, ils sont privés du minimum pour recommencer une vie dans un pays qu’ils ne connaissent souvent pas.
Sous un soleil écrasant, des familles entières s’entassent aux rares coins d’ombre du poste-frontière. Chargés de matelas, de gamelles et d’enfants endormis, ils viennent d’être expulsés du Pakistan et espèrent rentrer chez eux. Mais pour beaucoup, l’Afghanistan n’a jamais été une maison. Nés à l’étranger, ils n’ont aucun papier pour prouver leur existence aux yeux de l’administration. Résultat des comptes sur les 6,1 millions d’Afghans revenus du Pakistan et d’Iran depuis septembre 2023, près de 86% n’ont pas de documents d’identité. Un chiffre vertigineux qui transforme chaque retour en calvaire administratif.
Sardar Khan a 41 ans. Son fils dort à côté de lui, serré contre un ballot. « On n’a jamais mis les pieds en Afghanistan avant aujourd’hui, mais on va vite comprendre à quel point une carte d’identité est importante », lâche-t-il. À côté, Abdulrehman Sudais, 17 ans, porte un panier rempli de poulets. Né au Pakistan, il ne sait pas où ni comment obtenir des papiers. « Sans ça, je ne peux ni étudier ni travailler », explique l’adolescent. Nazamin Baloch, la soixantaine, elle non plus n’a jamais vécu en Afghanistan. Personne dans sa famille ne possède de document officiel. L’angoisse est la même. Être sans identité, c’est être exclu de tout.
Ces papiers ne servent pas seulement à voter ou à voyager. Sans eux, impossible d’inscrire ses enfants à l’école, de décrocher un emploi légal, de toucher des aides sociales ou de réclamer un héritage. Ils sont aussi indispensables pour passer les nombreux check-points qui quadrillent le pays. Le responsable régional de l’Organisation internationale pour les migrations le résume simplement cette absence de documents expose à une « exclusion administrative et sociale ». Revenir chez soi, mais en être privé de tous ses droits, c’est une forme d’exil à l’intérieur de son propre pays.
Pourtant, quelques lueurs d’espoir existent. Des organisations humanitaires aident les rapatriés à entamer les démarches. Murat Khan Safi est un vieil homme de plus de 80 ans, revenu il y a quelques mois. À Torkham, on lui a donné un numéro. Avec l’aide d’une ONG locale qui travaille en lien avec les Nations unies, il a obtenu des cartes d’identité pour toute sa famille en quelques jours. Mais le prix à payer était lourd 500 afghanis par personne, soit près de 7 euros. Pour un octogénaire qui a déjà tout perdu, « j’ai dû vendre des biens du ménage », confie-t-il. Heureusement, l’ONG l’a ensuite remboursé et lui a promis d’autres aides. L’ONU espère, dans les trois ans, délivrer 1,5 million de papiers officiels. Car sans cela, comme le dit un représentant de l’agence des réfugiés, l’absence d’identité reste « un obstacle majeur pour continuer sa vie ». Dans un pays où l’emploi est rare et l’aide internationale en baisse, chaque retour est une course d’obstacles.
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