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Son bébé s’appelle Dounyo mais l’État refuse de l’enregistrer

Au Tadjikistan, une mère se heurte à un mur administratif parce que le prénom de sa fille ne figure pas sur une liste officielle. Derrière ce cas isolé…

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Son bébé s’appelle Dounyo mais l’État refuse de l’enregistrer

Au Tadjikistan, une mère se heurte à un mur administratif parce que le prénom de sa fille ne figure pas sur une liste officielle. Derrière ce cas isolé, c’est tout un pays qui redéfinit son identité, entre rejet de l’héritage soviétique et méfiance envers l’islam radical.

Chakhnoza Nazarova pensait faire une simple formalité après l’accouchement. Déclarer sa fille à l’état civil, récupérer l’acte de naissance. Mais l’administration a bloqué son dossier. Motif invoqué : le prénom Dounyo n’est pas autorisé. Il ne figure pas dans la liste officielle des prénoms tadjiks, une liste actualisée en février qui compte 3 461 noms validés. Cette habitante de Douchanbé, la capitale, raconte son incompréhension. Personne ne sait lui dire comment faire pour que Dounyo soit acceptée. Le ministère de la Justice la renvoie vers le Comité de la langue et de la terminologie, qui lui-même ne donne aucune marche à suivre. Résultat : un mois après la naissance, elle est toujours dans le flou. Même scénario pour Gourdovarid Mamadjonova, enceinte de sa deuxième fille. Elle voudrait l’appeler Yassmina, mais ce prénom est absent de la nouvelle liste. Les autorités lui proposent les versions tadjikes Yossouman ou Yossamin. Elle hésite encore entre accepter l’une de ces alternatives ou changer complètement.

Cette politique ne sort pas de nulle part. Depuis 1992, le président Emomali Rakhmon contrôle le pays d’une main de fer. Ancien communiste, il a vaincu les islamo-démocrates lors d’une guerre civile dévastatrice entre 1992 et 1997. Aujourd’hui, il veut forger une identité tadjike pure, débarrassée des influences étrangères. Cela passe par le choix des prénoms. En 2019, il avait déjà jugé « absolument inacceptable » de « glorifier l’étranger » en donnant à un enfant un nom qui l’éloigne de ses origines. Résultat : certains prénoms musulmans comme Yassine, Amira ou Riyad sont exclus, alors que Moukhammad ou Karim restent admis. Le hijab est interdit aux femmes, la barbe longue aux jeunes hommes. Parallèlement, le dirigeant tourne le dos au passé soviétique. Lui-même a supprimé le suffixe russe -ov de son nom de famille en 2007. Depuis 2016, tous les enfants nés au Tadjikistan doivent avoir un nom de famille sans cette terminaison. Une manière de marquer la rupture.

Mais cette dérussification a ses limites. Le pays reste économiquement dépendant de la Russie. Des centaines de milliers de Tadjiks y travaillent comme migrants. C’est le cas d’Alicher Roustamov. Pris d’un élan de patriotisme, il voulait changer son nom de famille pour enlever le -ov. Mais il a vite déchanté. Les démarches étaient trop complexes et trop coûteuses. Surtout, il espère obtenir la nationalité russe pour simplifier sa vie face à des lois migratoires de plus en plus sévères. Alors il a laissé son nom tel quel. Un paradoxe qui montre bien la tension entre la volonté d’affirmer une identité nationale pure et la réalité d’un pays qui envoie ses enfants travailler chez l’ancien maître. Au Tadjikistan, le prénom d’un bébé est devenu un champ de bataille politique. Et les parents, comme Chakhnoza ou Gourdovarid, en sont les premières victimes.

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