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La mer aussi suffoque sous la canicule

À Wimereux, les baigneurs cherchent la fraîcheur dans une Manche qui n’a jamais été aussi chaude. Mais derrière ce répit trompeur, la biodiversité marine…

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La mer aussi suffoque sous la canicule

À Wimereux, les baigneurs cherchent la fraîcheur dans une Manche qui n’a jamais été aussi chaude. Mais derrière ce répit trompeur, la biodiversité marine paie un lourd tribut.

Sur la plage de Wimereux, dans le Pas-de-Calais, la température ressentie frôle les 42°C. Les vacanciers se précipitent dans l’eau pour échapper à la chaleur. Pourtant, la mer aussi est en surchauffe. À quelques mètres du rivage, deux hommes en salopettes imperméables s’avancent lentement. L’un d’eux, Grégory Beaugrand, est directeur de recherche au CNRS. Le chronomètre en main, il tracte un filet muni d’un bidon pour prélever du zooplancton. Ce minuscule organisme est un maillon essentiel de la chaîne alimentaire marine. En une minute, l’échantillon est collecté. De retour au laboratoire, le scientifique observe au microscope des espèces de plancton anormalement précoces pour la saison. Et il constate un phénomène inquiétant plus la température augmente, plus les organismes rétrécissent. C’est ce qu’il appelle le nanisme adaptatif du plancton.

Ce changement ne s’arrête pas aux micro-organismes. Quand le plancton se modifie, toute la chaîne alimentaire vacille. Les poissons qui préfèrent les eaux froides disparaissent peu à peu de la Manche. La morue de l’Atlantique, par exemple, pourrait devenir introuvable dans les décennies à venir. À l’inverse, les sardines prolifèrent. Le hareng, lui, arrive beaucoup plus tard qu’avant et en quantités bien moindres. Ces bouleversements ne sont pas anecdotiques. Selon le chercheur, qui a participé aux travaux du Giec, les températures de l’eau en mai 2026 dépassent déjà de plus de 3°C celles des années 1960 à 1989. Les anomalies sont visibles sur tout le littoral français, avec des écarts de plus de 2°C dès le mois de mai.

Les canicules marines ne sont plus des exceptions. Cette semaine, toutes les façades maritimes de l’Hexagone ont été touchées, de la Méditerranée au Golfe de Gascogne. Jeudi, la température de surface de la Manche atteignait 17,4°C, contre 14,6°C en moyenne à cette période. Des phénomènes similaires s’étaient déjà produits en 2022 et devraient se reproduire régulièrement. Les conséquences sont dramatiques pour les espèces les moins mobiles. Entre 2015 et 2019, une cinquantaine d’espèces méditerranéennes coraux, gorgones, oursins, posidonies ont subi des mortalités massives. À l’échelle mondiale, le nombre annuel de jours de vagues de chaleur marine a plus que triplé depuis 1991, pour atteindre 65 jours en 2025. Le scientifique alerte, mais il a le sentiment de crier dans le vide depuis des décennies. Il le répète on ne peut plus stopper le phénomène, mais on peut encore l’atténuer en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre.

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