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Un sommet, des revolvers et un sacré casse-tête

Recevoir un cadeau diplomatique, c’est parfois une formalité. Mais quand il s’agit d’une arme chargée, les choses se compliquent sérieusement.

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Un sommet, des revolvers et un sacré casse-tête

Recevoir un cadeau diplomatique, c’est parfois une formalité. Mais quand il s’agit d’une arme chargée, les choses se compliquent sérieusement.

Les chefs d’État et de gouvernement de l’Otan ne s’attendaient pas à ça. À l’issue de leur sommet annuel à Ankara, le président turc Recep Tayyip Erdogan a offert à chacun de ses convives un revolver gravé à leur nom, accompagné de six balles réelles et d’une note les exemptant des contrôles à l’exportation. Un présent qui a plongé les services de sécurité dans l’embarras. Dans l’avion du retour vers Londres, le Premier ministre britannique Keir Starmer a été le premier à évoquer ce cadeau pour le moins inattendu, décrivant des scènes qualifiées de « lunaires » dans les coulisses des délégations.

Les réactions des uns et des autres montrent à quel point ce présent a déstabilisé les équipes. Le Premier ministre belge Bart De Wever n’a découvert la nature exacte du cadeau qu’à son arrivée en Belgique. Surpris, il l’a immédiatement remis à la police aéroportuaire pour qu’il soit placé dans un coffre sécurisé. Ses équipes de sécurité ont aussi récupéré les revolvers destinés à Ursula von der Leyen et Antonio Costa, les chefs des institutions européennes basées à Bruxelles. Une opération logistique et protocolaire délicate. La présidente de la Commission européenne, tout aussi étonnée, a remercié Erdogan pour le geste et prévoit de faire don de l’arme à un musée militaire, une fois qu’elle sera neutralisée. L’épisode a ravivé un souvenir polonais embarrassant : en 2022, le chef de la police polonaise avait reçu un lance-grenades anti-char ukrainien qui avait explosé dans son bureau, le blessant légèrement. Cette fois, un collaborateur du président polonais Karol Nawrocki a tenu à rassurer : « Il est certain que personne ne va tirer avec. »

Pourquoi un tel cadeau ? Plusieurs armes, comme celles offertes à Keir Starmer ou au chancelier allemand Friedrich Merz, sont restées en Turquie, faute de pouvoir les transporter facilement. Les législations nationales sur les armes à feu varient, et faire voyager un revolver fonctionnel est un vrai parcours du combattant. Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson devra faire acheminer le sien « dans les règles de l’art ». Au-delà de la logistique, l’incompréhension domine. Ce sommet était consacré à l’Ukraine, à l’Iran et aux relations avec Donald Trump. Les délégations se demandent ce qui a poussé Erdogan à offrir un tel présent, qui dépasse les habituels échanges de cadeaux diplomatiques. Sollicitées, les équipes du président turc n’ont pas répondu. Une chose est sûre : ces revolvers ont provoqué bien plus de tracas que de remerciements.

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