Économie
L’Indien qui veut faire de l’Afrique un géant de l’industrie
Gagan Gupta a construit des zones industrielles dans plusieurs pays africains pour transformer le bois, le coton ou les minerais sur place. Son pari : que…


Gagan Gupta a construit des zones industrielles dans plusieurs pays africains pour transformer le bois, le coton ou les minerais sur place. Son pari : que le continent produise lui-même ce qu’il consomme, et crée des millions d’emplois.
Le chiffre sonne comme une promesse et un défi. D’après cet homme d’affaires de 51 ans, l’Afrique comptera bientôt 1,4 milliard d’habitants. Tous auront besoin de vêtements, d’objets du quotidien, de produits plus sophistiqués. Et pour lui, la solution est évidente : il faut fabriquer tout cela localement, et non plus importer. C’est le moteur de son projet lancé il y a quinze ans. Installé entre Dubaï et le continent, il multiplie les chantiers d’infrastructures industrielles et logistiques pour créer des filières de transformation des matières premières.
Son aventure africaine a commencé au Gabon en 2008. À 33 ans, sans parler français, il prend la tête de la filiale locale du géant agroalimentaire singapourien Olam. Là, il noue des liens solides avec le pouvoir en place. Deux ans plus tard, il lance la zone économique spéciale de Nkok, un parc de mille hectares dédié à la transformation du bois. Jusque-là, l’essentiel de la ressource partait brut à l’étranger. Sa méthode repose sur un principe simple miser sur les ressources locales, créer des emplois qualifiés, et exporter des produits à valeur ajoutée grâce à des partenariats entre l’État et le privé. Aujourd’hui, il affirme que près de cent mille personnes travaillent dans les zones gérées par son groupe, Arise.
Il a ensuite appliqué ce modèle au Bénin, pays producteur de coton. Sur le site de Glo-Djigbé, des unités de filature, de tissage et de teinture ont vu le jour. En 2024, les premiers vêtements ont été exportés vers des marques comme Kiabi ou US Polo. L’enjeu est immense : l’Afrique subsaharienne importe chaque année pour plus de 30 milliards de dollars de textile. Si cette production était réalisée sur place, Gagan Gupta estime que jusqu’à dix millions d’emplois pourraient être créés. Pour accélérer, sa holding a levé 700 millions de dollars en 2025, avec l’arrivée d’un investisseur saoudien et de grandes institutions financières. Mais le modèle suscite aussi des critiques. Certains économistes pointent le risque que ces zones profitent surtout à des travailleurs étrangers qualifiés, et que les généreuses exonérations fiscales privent les États de recettes essentielles. L’entrepreneur balaie ces réserves et poursuit son expansion : il investit désormais dans les mines de fer, de bauxite ou d’or, et même dans les motos électriques avec des projets de batteries au Nigeria et au Kenya. Son credo reste le même : industrialiser l’Afrique, vite et à grande échelle.
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