Planète
Le Pô étouffe sous une marée d’algues et de plantes aquatiques
La chaleur persistante et l’absence de pluie transforment le plus grand fleuve d’Italie en un lac chaud envahi par la végétation. Les habitants et les…

La chaleur persistante et l’absence de pluie transforment le plus grand fleuve d’Italie en un lac chaud envahi par la végétation. Les habitants et les autorités peinent à garder le cap face à cette prolifération record.
Assis dans son canot à moteur, Roberto Romanini n’en revient pas. L’entraîneur d’aviron, qui connaît le Pô par cœur, doit sans cesse s’arrêter pour dégager son hélice prise dans un épais tapis végétal. À Turin, le fleuve ressemble aujourd’hui à une prairie flottante où les algues visqueuses et les plantes venues d’Amérique du Nord se mélangent sans discontinuer. Les températures ont grimpé jusqu’à 35,6°C en juillet, le débit du fleuve est tombé à la moitié de sa moyenne et l’eau atteint 28°C, un record pour un cours d’eau qui prend sa source dans les Alpes.
Cette masse verte n’est pas qu’un problème esthétique. Sous la surface, elle pompe l’oxygène, asphyxiant les autres plantes et les poissons. Les algues locales comme les Spirogyres se mêlent aux élodées de Nuttall, une espèce invasive qui a colonisé les berges. L’adjoint au maire chargé du fleuve, Francesco Tresso, explique que les eaux chaudes et les nutriments venus des élevages agricoles créent un environnement idéal pour ces plantes. Il parle même d’un « lac chaud » qui n’a plus rien d’un fleuve alpin. Les hérons, eux, s’en réjouissent : leurs poussins apprennent à marcher sur ce tapis moelleux sous les ponts de Turin.
Mais pour les humains, le cauchemar est logistique et écologique. Les policiers fluviaux patrouillent avec difficulté et l’odeur commence à devenir pestilentielle. Une pelleteuse montée sur une barge arrache les plantes à la chaîne : plus de 150 tonnes en trois semaines, pour un coût de 100 000 euros. Le tout est transformé en compost. L’ONG Legambiente rappelle qu’il faut réduire les pesticides agricoles pour éviter que le phénomène ne s’aggrave. D’autres régions d’Europe subissent le même sort, du lac d’Iseo en Lombardie jusqu’aux canaux français et à l’Èbre en Espagne.
La mairie de Turin espère redonner vie au fleuve d’ici 2027 avec des navettes fluviales et peut-être même des zones de baignade, comme à Paris. Mais en attendant, il faudra apprendre à vivre avec cette végétation dévorante. Roberto Romanini le dit lui-même : « Le fleuve change, le climat change. Il faudra le respecter davantage. » Les arrachages devront être anticipés dès le printemps prochain, avant que la chaleur ne fasse tout repartir.
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