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Le petit PIX qui fait trembler Washington

Au Brésil, huit personnes sur dix utilisent PIX pour payer un loyer, un café ou une noix de coco sur la plage. Washington voit ce succès d’un mauvais œil…

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Le petit PIX qui fait trembler Washington

Au Brésil, huit personnes sur dix utilisent PIX pour payer un loyer, un café ou une noix de coco sur la plage. Washington voit ce succès d’un mauvais œil et menace de taxer les exportations brésiliennes.

Sur la plage de Copacabana, Paulo Ricardo Conceiçao vend des boissons à son stand. Avant, il trimballait des liasses de billets et rendait la monnaie en pièces. Aujourd’hui, il tend son smartphone et le client flashe un QR code. Pas de frais, pas de commission, pas d’attente. Le système s’appelle PIX. Lancé en 2020 par la Banque centrale brésilienne, il est devenu le moyen de paiement le plus utilisé du pays. Il pèse désormais 54% des transactions. Près de 170 millions de Brésiliens sur 212 millions l’ont adopté. Pour beaucoup, c’est une révolution silencieuse. Avant PIX, des millions de personnes étaient exclues des banques traditionnelles, coincées entre des frais de carte et des guichets trop rares. Maintenant, un téléphone suffit. Une fonctionnaire de Brasilia, Ingrid Ferreira, résume le sentiment général : fini le portefeuille gonflé de liquide, tout tient dans la poche.

Mais ce succès agace sérieusement Washington. L’administration Trump accuse le Brésil de concurrence déloyale. Le problème, selon les États-Unis, c’est que PIX appartient à la Banque centrale brésilienne, qui est à la fois juge et partie. Elle impose aux banques d’intégrer PIX sur la page d’accueil de leurs applications et interdit de facturer des frais aux utilisateurs. Résultat, les géants américains de la carte de crédit plongent. Leur part dans les transactions brésiliennes est passée de 23% à 15% depuis 2020. Le représentant au commerce américain menace désormais d’imposer des droits de douane de 25% sur certaines exportations brésiliennes. Une décision est attendue dans les prochains jours. Les cartes de crédit, rappelle un professeur de l’université fédérale Fluminense, faisaient payer des frais annuels, des commissions bancaires, bref, beaucoup d’argent. Les petits entrepreneurs informels, très nombreux au Brésil, en étaient dépendants. PIX les a libérés.

Le Brésil ne se laisse pas faire. Brasilia répond que PIX a élargi l’écosystème numérique au profit de tout le monde, y compris des entreprises américaines comme Google. Le nombre d’utilisateurs de cartes de crédit a même augmenté depuis 2020, argue la Banque centrale. Derrière cette bataille commerciale se cache aussi un enjeu politique brûlant. En octobre, Lula affronte Flavio Bolsonaro, le fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, condamné pour tentative de coup d’État. Donald Trump avait déjà taxé le Brésil par le passé pour défendre son allié Bolsonaro. Aujourd’hui, s’attaquer à PIX, c’est s’attaquer à un outil plébiscité par les Brésiliens, quel que soit leur bord politique. Lula en est conscient. Il l’a dit récemment devant les représentants américains à Washington : PIX est bon pour le Brésil et même pour les États-Unis, aussi incroyable que cela paraisse. Taxer ce système populaire pourrait bien renforcer la campagne du président sortant.

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