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Le rapport qui accuse un système à bout

Un nouveau rapport d’inspection dévoile les ratés qui ont entouré les plaintes de viol contre Jérôme Barella avant le meurtre de Lyhanna. Manque de…

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Le rapport qui accuse un système à bout

Un nouveau rapport d’inspection dévoile les ratés qui ont entouré les plaintes de viol contre Jérôme Barella avant le meurtre de Lyhanna. Manque de moyens, délais aberrants, audition bâclée et même un signalement perdu dans les spams.

C’était en octobre 2022. Une mère se présente au commissariat de Béthune avec sa fille de 9 ans. L’enfant raconte un viol commis deux ans plus tôt dans le Gers par Jérôme Barella. Mais cette première alerte n’aura pas les suites qu’elle mérite. L’inspection générale de la Justice, qui vient de remettre un second rapport sur cette affaire, épingle une enquête entravée par des problèmes structurels. Les policiers n’ont pas pu auditionner la fillette comme l’exigeaient les textes. La raison est simple. Ils n’avaient tout simplement pas les moyens humains pour le faire à ce moment-là.

Les problèmes ne s’arrêtent pas là. L’examen psychologique de la victime a été confié à un professionnel qui ne figurait pas sur la liste des experts agréés. Pour cause, le tribunal de Béthune souffre d’une pénurie chronique dans ce domaine. Magistrats et enquêteurs le savaient. Le rapport souligne que ce psychologue a rendu un document non daté et non signé, qui ressemblait davantage à un jugement sur la crédibilité de l’enfant. Une pratique interdite depuis le scandale d’Outreau en 2005. Pourtant, le texte a pointé des incohérences dans le récit de la fillette. Résultat, le dossier a perdu son caractère prioritaire.

La suite est un casse-tête administratif. Le parquet de Béthune décide de se dessaisir au profit de celui d’Auch, compétent pour les faits. Mais le dossier voyage dans le vide. Les agents du bureau d’ordre pénal du Gers le renvoient une première fois sans explication. Au total, dix mois s’écoulent avant qu’un nouveau service d’enquête ne soit saisi dans le ressort d’Auch. Un délai que les inspecteurs jugent « manifestement excessif ». Et lorsque l’enquête aboutit enfin, le classement sans suite se fait sur un simple compte rendu téléphonique. Les magistrats n’ont pas pris le temps de consulter la procédure eux-mêmes. Le rapport dénonce une pratique qui devrait être remise en question dans les dossiers de viol sur mineur.

Autre révélation troublante. En mars 2026, l’Aide sociale à l’enfance du Tarn-et-Garonne envoie un signalement au parquet d’Auch. Deux mineures accusent Jérôme Barella d’agressions lors d’une soirée pyjama. Mais le mail s’est perdu. Il a été considéré comme un spam par la messagerie du parquet. Il n’est jamais arrivé à destination. Les inspections notent que si les services sociaux s’étaient assurés de la bonne réception de leur alerte, cela aurait pu changer le cours des choses. Peut-être même aurait-il permis de reconsidérer la procédure concernant Rosa, une autre jeune victime dont les accusations, elles, étaient étayées par des preuves médicolégales.

Aujourd’hui, Jérôme Barella est mis en examen pour le meurtre et le viol de Lyhanna, 11 ans, retrouvée morte le 4 juin dans le Gers. Mais ce rapport de 40 pages montre que des signaux faibles ont été ignorés. Une réorganisation « en profondeur » des parquets est évoquée. Trop tard pour Lyhanna.

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