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Embauchés pour un salaire, réduits à l’état d’esclaves en mer

Des milliers d’Indonésiens partent pêcher sur des navires étrangers, attirés par l’argent. Une fois à bord, ils subissent violences, épuisement et travail…

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Embauchés pour un salaire, réduits à l'état d'esclaves en mer

Des milliers d’Indonésiens partent pêcher sur des navires étrangers, attirés par l’argent. Une fois à bord, ils subissent violences, épuisement et travail forcé pendant des mois.

Parti de Java en 2022 pour un thonier battant pavillon chinois, un jeune homme de 25 ans espérait un bon salaire. Il a vite déchanté. Quatre heures de sommeil par jour, des insultes et des coups, et l’obligation de travailler sans répit. « Si je commençais à somnoler, on m’ordonnait de me réveiller », raconte-t-il. L’équipage n’avait presque aucun contact avec l’extérieur. En plus du thon, les hommes devaient pêcher des requins, leur couper les ailerons et jeter le corps à la mer. Cette pratique, appelée « finning », est interdite dans de nombreux pays mais reste lucrative dans certaines eaux.

Un autre pêcheur, âgé de 29 ans, a travaillé entre 2018 et 2020 sur un navire similaire. Il confie avoir été forcé de prélever des ailerons de requin, même en sachant que c’était illégal. Le capitaine lui avait confisqué son passeport et l’insultait au moindre retard. Impossible de partir avant la fin du contrat sans risquer une sanction. Ce système de dépendance est renforcé par les dettes contractées avant même d’embarquer : frais de recrutement, retenues sur salaire. Un rapport récent dénonce un mode de fonctionnement « systémique » au sein des flottes chinoises et taïwanaises, où les migrants sont piégés dans un travail forcé.

Pourquoi tant d’Indonésiens prennent-ils ce risque ? Le manque d’opportunités dans leur pays pousse des centaines de milliers de personnes à chercher du travail à l’étranger. Les recrutements se font souvent sur les réseaux sociaux, sans information sur leurs droits. Le gouvernement indonésien affirme renforcer les contrôles et mieux informer les candidats, mais l’application reste lacunaire. Beaucoup acceptent ces conditions parce que le salaire promis – environ 550 dollars par mois – dépasse de loin ce qu’ils pourraient gagner chez eux. Comme le dit l’un d’eux : « Il vaut mieux partir à l’étranger pour pouvoir épargner. »

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