Politique
Pourquoi la gauche et la droite veulent toutes s’approprier De Gaulle
De Mélenchon à Retailleau, en passant par Glucksmann et Villepin, les prétendants à 2027 ne jurent plus que par le film « La Bataille de Gaulle ». Derrière…


De Mélenchon à Retailleau, en passant par Glucksmann et Villepin, les prétendants à 2027 ne jurent plus que par le film « La Bataille de Gaulle ». Derrière cet engouement, chacun cherche à s’ancrer dans l’héritage du général.
Le film « La Bataille de Gaulle » cartonne dans les salles obscures. Plus de 3,1 millions de spectateurs ont déjà vu ce diptyque qui retrace le parcours du général pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais ce qui intrigue, c’est l’enthousiasme soudain de plusieurs candidats déclarés ou putatifs à la présidentielle de 2027. Mardi, Jean-Luc Mélenchon a invité ses partisans à aller voir ce qu’il qualifie de « magnifique film ». Quelques heures plus tard, Raphaël Glucksmann a lancé le même appel, allant jusqu’à implorer son public d’y courir. L’eurodéputé y voit un symbole de « la solitude absolue du général ». Un paradoxe pour Mélenchon, qui a longtemps dénoncé la « dictature » gaulliste dans sa jeunesse. Aujourd’hui, il assume son erreur. Il salue notamment le départ de De Gaulle après sa défaite à un référendum en 1969, un geste qu’il oppose à l’entêtement des politiques actuels.
À droite aussi, l’engouement est réel. Bruno Retailleau, patron des Républicains, a loué une œuvre « géniale » sur France 2. Son bureau est décoré d’un portrait géant du général. Jordan Bardella a également annoncé son intention d’aller voir le film. Un retournement ironique pour un parti fondé par d’anciens collaborateurs ouvertement antigaullistes. Dominique de Villepin, lui, a des liens directs avec le réalisateur Antonin Baudry, qui fut son conseiller. Il vante un De Gaulle qui « assume sa différence » et rassemble les Français dans les moments difficiles. Fabien Roussel, le communiste, prévoit même de projeter le film aux écoliers de sa ville à la rentrée. L’historien Pierre Manenti analyse cette fièvre comme un « besoin de patriotisme » dans une période de crises politiques, économiques et institutionnelles. Le film ferait du bien, selon lui, en redonnant un sentiment de fierté.
Mais ces déclarations révèlent surtout une opération de récupération politique. Chacun pioche dans l’héritage du général ce qui l’arrange. Mélenchon, pourtant partisan d’une VIe République, se dit désormais en phase avec la vision gaullienne du non-alignement face aux États-Unis. Glucksmann insiste sur la solitude du combattant pour légitimer son propre parcours solitaire à gauche. Retailleau et Villepin mettent en avant la figure du rassembleur. De Gaulle lui-même n’a jamais voulu théoriser le gaullisme, laissant la porte ouverte à toutes les interprétations. Elisabeth Borne, elle, n’est pas dupe. En petit comité, l’ancienne Première ministre balaie d’un revers de main ces comparaisons. « Tous ceux qui se prennent pour De Gaulle, il faut leur dire que non en fait », lâche-t-elle avant de sourire. « On cherche encore » le nouveau De Gaulle d’aujourd’hui. Une pique qui résume bien le vide derrière ces grandes déclarations.
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