Europe
L’Europe freine sur le carbone face à la colère des industriels
Pour calmer la grogne des usines chimiques allemandes et des pays d’Europe centrale, Bruxelles assouplit son marché du CO2. Les entreprises polluantes…

Pour calmer la grogne des usines chimiques allemandes et des pays d’Europe centrale, Bruxelles assouplit son marché du CO2. Les entreprises polluantes auront plus de temps et un coût réduit pour émettre, au risque de ralentir la transition.
L’Union européenne a dévoilé vendredi une série de concessions sur son marché des quotas carbone, un outil central dans la lutte climatique. Face aux pressions de l’industrie lourde, notamment la chimie allemande, et de pays comme l’Italie ou la Pologne, la Commission propose de repousser la suppression des quotas gratuits de CO2 à 2038, contre 2034 prévu initialement. Les entreprises auront aussi la possibilité d’acheter, à partir de 2036, des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation hors de l’UE pour compenser leurs propres émissions. En clair, les secteurs les plus énergivores pourront continuer à émettre plus longtemps, à condition de montrer des efforts de décarbonation.
Ce marché du carbone, baptisé ETS, est en place depuis plus de vingt ans. Il oblige les industries les plus polluantes (sidérurgie, ciment, chimie) et les producteurs d’électricité à acheter des « permis de polluer » pour couvrir leurs émissions. Le prix de la tonne de CO2 tourne actuellement autour de 80 euros. Le nombre total de quotas disponibles baisse chaque année pour inciter à réduire les émissions. Mais des quotas gratuits étaient accordés pour accompagner la transition. La Commission propose donc de les maintenir jusqu’en 2038, et de réduire moins vite le volume global de quotas sur le marché. Pour ne pas donner l’impression d’abandonner ses ambitions climatiques, l’exécutif européen a aussi fixé un objectif indicatif : l’électricité devrait représenter 46 % de la consommation finale d’énergie en 2040, soit le double du taux actuel qui stagne autour de 23 %.
Cette réforme du carbone a réveillé un vieux clivage politique. D’un côté, les pays nordiques comme la Suède, le Danemark ou la Finlande défendent un marché fort et exigeant. De l’autre, des États aux économies plus carbonées, comme la Pologne, la République tchèque ou l’Italie, réclament de la souplesse. La France, elle, pourrait jouer les arbitres : avec son électricité nucléaire décarbonée, Paris a intérêt à préserver un ETS solide pour attirer les investisseurs. Au-delà des concessions déjà annoncées, la Commission a avancé sur l’intégration progressive des incinérateurs de déchets dans le marché carbone, avec une possibilité de dérogation jusqu’en 2035. Pour l’aviation, face aux compagnies aériennes et à la réticence de la France, Bruxelles propose une solution régionale : seuls les vols internationaux dont le point d’atterrissage est à moins de 5 000 kilomètres du décollage en Europe seraient couverts. Quant à l’extension du marché au transport routier et au chauffage des bâtiments, surnommée ETS2, elle a déjà été repoussée à 2028 et pourrait être encore retardée, voire abandonnée. Le bras de fer entre industriels, États et ONG promet des mois de négociations serrées.
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