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Des pagnes tissés aux projecteurs, comment la mode ivoirienne conquiert le monde

Loza Maléombho venait de mettre au monde son fils quand Beyoncé a porté sa veste dans un clip vu 70 millions de fois. Ce moment symbolise l’essor d’une…

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Des pagnes tissés aux projecteurs, comment la mode ivoirienne conquiert le monde

Loza Maléombho venait de mettre au monde son fils quand Beyoncé a porté sa veste dans un clip vu 70 millions de fois. Ce moment symbolise l’essor d’une mode africaine qui refuse de quitter le continent et s’impose depuis Abidjan.

À Abidjan, dans son atelier du quartier de Treichville, Loza Maléombho crée des pièces faites main avec des matières locales comme le pagne baoulé ou la toile de jute. Elle raconte qu’elle a choisi de rester en Côte d’Ivoire parce qu’elle voyait un manque de représentation des codes et textiles africains dans la mode internationale. Les réseaux sociaux ont été son tremplin. Après des échanges avec la styliste de Beyoncé, sa veste rayée noire et blanche, ornée de masques baoulé dorés, est apparue dans le clip « Already » en 2020. Un moment qu’elle décrit comme indescriptible. Depuis, elle a aussi habillé Solange Knowles et Kelly Rowland, sans jamais envisager de quitter son pays.

Loza n’est pas un cas isolé. Dans le quartier cossu de Cocody, le styliste Elie Kuame prépare les 20 ans de sa maison de couture. Il a défilé à Paris et New York mais reste ancré à Abidjan. Son objectif est clair: participer au développement de l’industrie textile en Côte d’Ivoire. Près de la moitié du tissu qu’il utilise est du pagne tissé, un savoir-faire traditionnel classé à l’Unesco. Mais il refuse l’appellation « haute couture », trop liée à la France. Il a créé son propre label d’excellence, « Born in Africa », et lancé une Fashion Week abidjanaise. Pendant ce temps, les classes moyennes élargissent la clientèle et le commerce numérique progresse. Pourtant, le pays importe encore beaucoup de vêtements de seconde main et de prêt-à-porter. « Nous ne sommes pas que des consommateurs », insiste Elie Kuame.

À 6 000 kilomètres de là, le styliste Ibrahim Fernandez a exposé ses créations aux Galeries Lafayette à Paris lors d’un événement dédié à la mode africaine. Il a récemment habillé Aya Nakamura, la chanteuse francophone la plus écoutée au monde, d’une robe scintillante ornée de cauris, de perles et de pierres, conçue avec une autre styliste abidjanaise, LaFalaise Dion. Voir cette robe portée au Stade de France devant plus de 70 000 personnes, c’était pour lui un moment de joie inattendu. Lui non plus ne songe pas à s’installer ailleurs. « Ce n’est même pas à discuter », lance-t-il. Les créations de ces trois stylistes se vendent entre plusieurs centaines et plusieurs milliers d’euros, un budget très élevé dans un pays où le salaire minimum frôle les 115 euros. Mais pour eux, la mode africaine n’a rien à envier à personne. Ils en font un outil de soft-power, porté par une demande mondiale qui, selon l’Unesco, doit augmenter de 42% dans la décennie à venir.

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