Monde
Au Soudan, des milices armées font régner la peur dans les rues de Khartoum
Trois ans après le début de la guerre, des groupes armés de toutes obédiences patrouillent dans les territoires contrôlés par l’armée. Les civils…


Trois ans après le début de la guerre, des groupes armés de toutes obédiences patrouillent dans les territoires contrôlés par l’armée. Les civils redoutent que ces alliés d’un jour ne deviennent les bourreaux de demain.
Dans les quartiers aux façades noircies de Khartoum, des adolescents parfois âgés de moins de 15 ans sillonnent les rues à bord de pick-up équipés de missiles. Ils appartiennent à des douzaines de milices qui appuient l’armée régulière dans son conflit meurtrier contre les paramilitaires des Forces de soutien rapide. Un père de famille de 50 ans raconte que le gouvernement leur a officiellement interdit de porter des armes, mais qu’on les voit partout, dans les marchés, dans les restaurants. C’est terrifiant, confie-t-il sous couvert d’anonymat. Les habitants ont l’impression de vivre sous la coupe de mercenaires qui changent de camp selon leurs intérêts.
Ces groupes armés forment un assemblage hétéroclite. Certains rassemblent d’anciennes factions rebelles du Darfour, d’autres ont fait défection des FSR. Depuis avril 2023, ils ont renforcé leurs rangs et se sont équipés de leurs propres armes, de systèmes anti-aériens et de drones. À Khartoum, les combattants des Forces conjointes sont particulièrement visibles. Ils portent des foulards typiques du Darfour, les kadamoul, et déambulent avec des fusils d’assaut dans les restaurants. En périphérie de la capitale, des miliciens de la Brigade Al-Baraa Ibn Malik, une faction liée à l’Iran et sous sanctions internationales, arrêtent les voitures avec des AK-47 en bandoulière. Dans l’État d’Al-Jazirah, les Forces du bouclier soudanais règnent en maîtres sur des civils qu’elles terrorisaient autrefois pour le compte des FSR. Une militante des droits humains dénonce leur comportement comme si la région leur appartenait, ajoutant qu’elle ne leur fera jamais confiance.
Le scénario est connu au Soudan. Depuis des décennies, l’armée sous-traite ses guerres à des factions armées. Dans les années 2000, le président Omar el-Béchir avait armé les miliciens Janjawids pour écraser les rébellions au Darfour, causant plus de 300 000 morts. Ces combattants sont devenus les FSR en 2013. Six ans plus tard, leur chef s’est retourné contre el-Béchir, puis a soutenu le putsch du général Burhane en 2021. La rupture entre les deux camps en avril 2023 a déclenché une guerre dévastatrice, avec plus de 200 000 morts et une famine qui a plongé des régions entières dans ce que l’ONU qualifie de pire crise humanitaire au monde. Aujourd’hui, l’armée semble incapable de mener seule le conflit dans cet immense pays. Les milices sont des alliés temporaires, mais leur loyauté est incertaine. Un diplomate les décrit comme des mercenaires qui ne pensent qu’à leurs intérêts. Si un jour ils se sentent lésés, ils s’en iront. Et l’histoire pourrait bien se répéter.
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