Économie
L’usine ferme, 270 familles dans l’impasse
C’était l’un des derniers grands sites de pâte à papier en France. La justice a tranché, provoquant colère et désarroi chez les salariés.


C’était l’un des derniers grands sites de pâte à papier en France. La justice a tranché, provoquant colère et désarroi chez les salariés.
Le tribunal de commerce de Toulouse a prononcé mercredi la liquidation judiciaire de l’usine Fibre Excellence de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône. Les 270 employés ont appris la nouvelle avec amertume. Beaucoup parlent de trahison. Le site accumulait près de 105 millions d’euros de dettes. Aucune offre de reprise n’a été retenue. Celle de l’homme d’affaires Matthieu Pigasse, soutenue par les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, avait été rejetée deux jours plus tôt. La décision sonne comme un coup d’arrêt pour une ville de 15 000 habitants qui vit depuis 1951 avec cette haute cheminée rouge et blanche plantée au bord du Rhône.
Les salariés ne cachent pas leur colère. Depuis le 21 juillet, ils bloquent l’accès de l’usine avec des machines et des troncs d’arbres. Certains pleurent. Hubert Costa, 46 ans, père de trois enfants, vit son deuxième plan social en peu de temps. Il avait déjà quitté une autre papeterie près d’Avignon. « On nous annonçait des investissements, des projets. Je pensais retrouver une entreprise solide. Et là, ça recommence », raconte-t-il. Le maire RN Alexandre Ducouret parle d’une catastrophe économique pour tout le territoire. « Ces 270 emplois, il va falloir les recaser. La plupart, c’est des gens qui doivent encore travailler de longues années. » Le délégué syndical CFDT Frédéric Sanchez dénonce une aberration économique. « On va faire venir de la pâte du Brésil ou de Chine alors qu’on a les capacités pour la produire ici. »
Au-delà des emplois directs, c’est toute une filière industrielle qui vacille. Les salariés rappellent que pendant le Covid, produire en France était une fierté. Aujourd’hui, ils voient les fermetures s’enchaîner. Le site souffrait aussi de problèmes environnementaux. Ses émissions polluantes étaient contestées depuis des années par les riverains et les associations. Le maire regrette que les travaux de mise aux normes n’aient pas été réalisés. « Si les travaux avaient été faits, peut-être qu’elle n’aurait pas fermé. » La dépollution est estimée à plusieurs dizaines de millions d’euros. Beaucoup plus que le soutien nécessaire à la poursuite de l’activité. L’actionnaire indonésien, le milliardaire Jackson Wijaya, a cessé son soutien financier au printemps, invoquant l’absence de rentabilité, après avoir injecté près de 300 millions d’euros dans le groupe.
Le tribunal de commerce doit se prononcer jeudi sur le sort de l’autre usine du groupe, à Saint-Gaudens en Haute-Garonne. Là aussi, 270 emplois sont en jeu. L’industriel Soprema, spécialiste mondial de l’étanchéité, a officialisé mercredi soir une proposition de reprise. Il a même versé une garantie de deux millions d’euros exigée par le tribunal. Une lueur d’espoir pour les salariés de Saint-Gaudens, mais les regards restent tournés vers Tarascon. Martine, employée pendant onze ans chez Fibre Excellence, résume le sentiment général : « Cette usine, elle faisait vivre l’économie locale. Comment retrouver du travail à Tarascon ? » Une question qui reste sans réponse pour l’instant.
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