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Cuba ouvre un vaste champ aux entrepreneurs privés

L’île socialiste autorise désormais les entreprises privées dans des secteurs clés comme la santé, l’énergie ou le tourisme. Une révolution silencieuse…

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Cuba ouvre un vaste champ aux entrepreneurs privés

L’île socialiste autorise désormais les entreprises privées dans des secteurs clés comme la santé, l’énergie ou le tourisme. Une révolution silencieuse pour faire face à la pire crise économique depuis des décennies.

Cuba vient de franchir un cap inattendu. Le gouvernement a annoncé l’ouverture de nombreux pans de l’économie aux acteurs privés, réduisant drastiquement la liste des activités interdites aux entreprises. Stations-service, pharmacies, installations portuaires, gestion des déchets, énergies renouvelables, tourisme : autant de domaines où les Cubains peuvent désormais créer leur affaire. Les médias d’État expliquent que cette nouvelle réglementation « élargit de manière considérable le champ d’action des entrepreneurs et des entreprises privées sur l’île ». Une petite révolution pour un régime qui reposait jusque-là sur un modèle socialiste centralisé.

Sur le terrain, l’annonce suscite des réactions contrastées mais souvent encourageantes. Maria Luisa Pérez, 77 ans, raconte son quotidien : à la pharmacie publique, il n’y a presque jamais de médicaments. Alors les gens les revendent dans la rue, à prix d’or. « Ça me paraît une bonne chose », dit-elle à propos de l’ouverture des services pharmaceutiques au privé. Ana Diago, 66 ans, retraitée obligée de reprendre un emploi pour survivre, résume le sentiment général : « Tout le monde sait qu’actuellement nous survivons grâce aux petites entreprises privées ». Car la crise est profonde. Depuis des mois, l’île subit un blocus pétrolier américain renforcé sous Donald Trump, qui s’ajoute à un embargo déjà vieux de plus de soixante ans. Résultat : coupures d’électricité généralisées, pénuries de nourriture, de carburant, d’eau potable et de médicaments. L’économie est au bord de l’effondrement.

Pourtant, tout ne sera pas privatisé. Les autorités ont tenu à rappeler que la santé et l’éducation restent des piliers de l’État. Les soins médicaux demeurent gratuits et sous responsabilité publique. Même chose pour l’éducation, avec une seule exception : les gardes d’enfants, les cours de langues et le soutien scolaire pourront être assurés par le privé. Le tabac et les cigares, produit d’exportation majeur, restent aussi aux mains de l’État, tout comme les médias, les télécommunications, la sécurité et la défense. En agriculture, la propriété des terres demeure publique, mais les conditions d’usufruit vont être considérablement élargies pour les agriculteurs, les coopératives et les entreprises privées, nationales ou étrangères. Côté logement, une autre nouveauté : les Cubains pourront posséder deux maisons en ville au lieu d’une, et l’hypothèque sera autorisée.

Ces annonces s’inscrivent dans un mouvement plus large. En juin, le Parlement avait déjà approuvé 176 mesures pour ouvrir quasiment tous les secteurs, y compris l’agriculture et les banques. Depuis 2021, les petites et moyennes entreprises privées sont autorisées. Elles sont aujourd’hui plus de 15 000, un chiffre qui grimpe vite. Elles représentent déjà plus de la moitié du commerce de détail et emploient plus d’un tiers de la population active. Ce mercredi, l’Assemblée nationale doit encore examiner plusieurs projets de loi sur l’agriculture, le logement et le travail. Le virage est historique. Mais il est aussi dicté par l’urgence : sans cette ouverture, l’île risque de ne plus pouvoir nourrir sa population.

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