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L’eau se fait rare les refuges de montagne s’adaptent pour survivre

Dans les Alpes, des gardiens doivent rationner chaque goutte pour ne pas fermer leurs portes. Entre toilettes sèches et livraisons par hélicoptère, la…

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L’eau se fait rare les refuges de montagne s’adaptent pour survivre

Dans les Alpes, des gardiens doivent rationner chaque goutte pour ne pas fermer leurs portes. Entre toilettes sèches et livraisons par hélicoptère, la sobriété devient une question de survie.

Perché à 1800 mètres d’altitude, le refuge du Parmelan surplombe Annecy. Pas de source, pas de rivière, pas de lac à proximité. Juste un toit, des cuves et la pluie. Ce bâtiment du XIXe siècle ne peut compter que sur un système de collecte des eaux pluviales pour fonctionner. L’eau de pluie est stockée dans des réservoirs de 15 mètres cubes, ce qui assure environ six semaines d’autonomie. Elle est filtrée puis dirigée vers un unique robinet dans la cuisine, accessible au seul personnel. Les 49 couchages accueillent 3000 nuitées par saison, sans compter les randonneurs de passage. Pourtant, il n’y a pas de douches, pas de robinet pour remplir une gourde, et les toilettes sont sèches. L’eau de table est livrée par hélicoptère en début de saison et vendue quatre euros la bouteille. Le gardien Mathis Graham explique patiemment ces règles à chaque nouvel arrivant. Il se souvient de 2022, une sécheresse exceptionnelle qui a failli tout faire basculer. « On est passé à cinq jours près d’une fermeture », raconte-t-il. « Plus d’eau, plus de vie, plus de refuge. » Depuis, il garde ses cuves sous clé et surveille chaque niveau.

Le cas du Parmelan n’est pas isolé. Sur les 120 refuges gérés par la Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne, plusieurs ont dû fermer prématurément ces dernières années faute d’eau. Le réchauffement climatique frappe la montagne de plein fouet. La sécheresse de 2022 a servi d’électrochoc. La FFCAM a décidé de « réorienter ses choix en termes d’usage de l’eau de façon très prononcée », explique sa directrice Maria Isabel Le Meur. Exemple concret la rénovation du refuge de la Lavey, dans le massif des Écrins. Malgré une source disponible, le choix a été fait de ne proposer ni toilettes à eau ni douches. Les randonneurs sont invités à se contenter d’une « toilette de chat » dans des cabines lavabos. Cette réduction de consommation a permis l’installation d’un système de phytoépuration, plus respectueux de l’environnement. Au final, chaque personne n’utilisera que 15 à 20 litres d’eau par jour, tous usages confondus. C’est huit fois moins que la moyenne nationale de 149 litres.

Ces efforts de sobriété ne sont pas toujours bien compris. Le public n’est pas habitué à une telle restriction. « En France, le sujet du manque d’eau est nouveau et la prise de conscience collective n’est pas évidente », reconnaît Maria Isabel Le Meur. Les gardiens déploient des trésors de pédagogie pour faire accepter ces contraintes. Par ailleurs, la législation française reste très restrictive sur l’utilisation de l’eau de pluie, contrairement à l’Espagne qui fait face à la sécheresse depuis plus longtemps. « Les évolutions réglementaires se font aussi à coup de crise », constate-t-elle. En attendant, chaque refuge doit trouver ses propres solutions pour ne pas manquer d’eau. Et pour les gardiens, une chose est sûre chaque litre compte vraiment.

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