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72 morts aux portes de Ceuta pour un rêve d’Europe

Plus de soixante-dix exilés ont perdu la vie en tentant d’entrer dans l’enclave espagnole. Ceuta panse ses plaies pendant que Rabat et Madrid se renvoient…

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72 morts aux portes de Ceuta pour un rêve d'Europe

Plus de soixante-dix exilés ont perdu la vie en tentant d’entrer dans l’enclave espagnole. Ceuta panse ses plaies pendant que Rabat et Madrid se renvoient la responsabilité.

Le décompte macabre ne cesse de grimper. Les autorités locales de Ceuta recensent au moins 72 morts parmi les personnes qui ont tenté de rejoindre l’enclave depuis le Maroc. La plupart se sont noyées. Côté marocain, le ministère de l’Intérieur n’a donné son premier chiffre que dimanche soir, avec 11 décès. L’Association marocaine des droits humains avance de son côté un bilan bien plus lourd, près de 130 victimes et des dizaines de disparus. Elle réclame une enquête indépendante pour comprendre ce qui s’est passé.

Ce flux massif, décrit comme le pire jamais connu dans l’enclave, a pris tout le monde de court. Près de 60 000 personnes, surtout des jeunes Marocains, ont franchi la frontière de manière illégale. La quasi-totalité a déjà été renvoyée au Maroc. Dimanche, Ceuta avait retrouvé un calme apparent. La police et l’armée quadrillaient les rues, des employés nettoyaient les vêtements et les déchets abandonnés dans la panique. Des migrants encore sur place ont été escortés vers le poste-frontière par la garde civile. Dans une zone industrielle désaffectée, des centaines de mineurs isolés attendaient toujours, dormant à la belle étoile, avec un seul objectif. L’un des adultes présents a résumé leur état d’esprit en affirmant que tous voulaient rejoindre l’Espagne.

Le mouvement a aussi touché Melilla, l’autre enclave espagnole. Là-bas, 1 135 personnes ont tenté leur chance et toutes ont été renvoyées immédiatement. Rabat affirme de son côté avoir recensé 40 000 tentatives de franchissement irrégulier vers Ceuta. Les autorités marocaines ont mis longtemps à sortir du silence, ce que l’Association marocaine des droits humains dénonce. Elle estime que ce mutisme a contribué à la catastrophe.

Reste l’épineuse question des responsabilités. Certains migrants assurent avoir entendu que la frontière était ouverte, une rumeur amplifiée sur les réseaux sociaux. Rabat évoque des informations trompeuses et une mauvaise lecture d’une décision de la Cour suprême espagnole. Madrid, elle, pointe les réseaux de passeurs. Une source proche du milieu associatif va plus loin. Selon elle, un afflux d’une telle ampleur n’aurait pas pu se produire sans un accord tacite des autorités marocaines.

La crise a élargi le débat à toute l’Europe. Elle a réveillé les tensions entre Madrid et les pays les plus intransigeants sur l’immigration. Les ministres européens de l’Intérieur doivent en parler mardi en visioconférence. Le pape a, de son côté, confié suivre la situation avec inquiétude et espérer une issue fondée sur la paix et la justice. Pendant ce temps, les patrouilles maritimes continuent de longer la frontière, matérialisée par une ligne de flottaison neuve. La mer reste, pour beaucoup, la seule route vers l’Europe.

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