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Au Porge, les vacances sont restées dans les cendres

Trois semaines après le mégafeu de Gironde, les habitants relèvent les stores. Mais sur la plage et dans les cahiers de réservation, le vide est immense.

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Au Porge, les vacances sont restées dans les cendres

Trois semaines après le mégafeu de Gironde, les habitants relèvent les stores. Mais sur la plage et dans les cahiers de réservation, le vide est immense.

Le soleil tape sur l’océan. L’eau est à 23 degrés, les vagues sont douces. Tout semble prêt pour des vacances parfaites. Pourtant, au Porge, personne ne se baigne. Pierre Vienne, directeur d’une école de surf, regarde son cahier de cours avec amertume. En plein mois d’août, il n’a eu aucun élève vendredi et un seul samedi. Ses moniteurs sont là, prêts à travailler, mais les touristes ont disparu. « Cette année, la saison est morte », lâche ce natif du Porge de 50 ans.

L’incendie a tout changé. Entre le 22 juillet et le 1er août, les flammes ont ravagé 42 000 hectares. 220 000 personnes ont dû être évacuées dans le département. Près de 200 maisons ont brûlé au Porge. Quand les habitants sont enfin rentrés, ils ont découvert une terre noircie. Le calme est revenu, mais les plaies, elles, restent ouvertes.

Julien Picot, patron de la brasserie L’Ajoncière, décrit les deux dernières semaines comme un « ascenseur émotionnel ». Son établissement a fermé du jour au lendemain. Ses deux maisons familiales sont parties en fumée. Il a passé ses jours et ses nuits à prêter main forte aux pompiers. Aujourd’hui, le restaurant a rouvert, mais l’affluence n’est pas celle d’un mois d’août classique. Les locaux se serrent les coudes. Les touristes d’autres régions, eux, ont préféré annuler. Beaucoup pensent que le Porge a été entièrement brûlé. Et certaines applications GPS continuent d’indiquer des routes fermées alors qu’elles sont rouvertes depuis plusieurs jours.

Même constat à la Pizzeria des bois, où Zackarie Rigabert, 25 ans, s’active en cuisine. « Hier on a eu un bon jour, mais on ne sait pas si ça va suivre. La solidarité, c’est bien un ou deux jours, mais est-ce que ça dure 20 jours ? » Les commerçants misent tout sur le camping, la seule structure d’accueil de la commune. Il a rouvert samedi. La directrice, Véronique Germain, parle d’une « ouverture en mode dégradé ». Deux containers sont posés à l’entrée pour stocker les affaires des vacanciers qui ont dû évacuer en urgence. Des habitants qui ont perdu leur maison sont logés dans les mobilhomes. Elle n’a pas encore eu le temps de chiffrer les pertes, noyée sous les annulations, les remboursements et les demandes de dernière minute. « J’essaie de voir le bon côté des choses, sinon on ne s’en sort pas », glisse-t-elle.

Karine Buisson, assistante commerciale bordelaise de 52 ans, a planté sa tente à l’ombre des pins. Elle a « lourdement insisté » pour revenir, comme tous les étés, et espère que les gens ne lâcheront pas la région. Samedi, la Gironde est repassée en vigilance rouge pour les risques de feux de forêt. Le mégafeu est considéré comme maîtrisé, mais il reste sous étroite surveillance. La menace d’un nouveau départ de feu n’a pas disparu.

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