Monde
Le musée du Jihad d’Hérat, une mémoire afghane réécrite


Un lieu emblématique de la résistance à l’occupation soviétique subit une transformation silencieuse, où les visages s’effacent et les galeries se vident, sous l’effet des nouvelles orientations politiques.
À Hérat, dans l’ouest de l’Afghanistan, un édifice circulaire aux mosaïques bleues et blanches domine la ville. Ce musée, inauguré en 2010, était dédié à la mémoire des moudjahidines ayant combattu l’armée soviétique entre 1979 et 1989. Aujourd’hui, son contenu et son esprit ont évolué, reflétant les changements intervenus depuis le retour au pouvoir des talibans.
Les visiteurs peuvent toujours y observer des pièces militaires, comme un avion de chasse Mig-29 ou un char, témoins de la présence soviétique. Les noms des combattants afghans tombés au front restent gravés sur les murs, accompagnés de vers poétiques. Pour des anciens combattants comme Saaduddeen, qui s’y rend régulièrement, le lieu conserve une valeur mémorielle essentielle, un hommage à ses compagnons disparus.
L’intérieur du bâtiment présente toutefois des altérations significatives. Les dioramas et les figurines en plâtre, qui reconstituaient des scènes de la résistance et de la vie civile, ont été modifiés. Les visages des personnages humains et animaux ont été uniformément lissés, laissant place à des surfaces planes et anonymes. Cette pratique semble correspondre à une interprétation rigoriste de la loi islamique, interdisant la représentation figurative des êtres vivants, une règle que les autorités ont indiqué vouloir généraliser.
Une galerie autrefois consacrée aux portraits des commandants moudjahidines est désormais vide. Les effigies de figures historiques de la résistance, dont certaines s’opposèrent par la suite aux talibans, ont été retirées. Par ailleurs, la fréquentation des lieux a notablement diminué, les femmes n’étant quasiment plus autorisées à y pénétrer. Un visiteur souligne ainsi que cette restriction prive les jeunes générations d’un accès collectif à une part cruciale de l’histoire nationale.
Le musée a également perdu l’une de ses figures singulières, cheikh Abdullah. Cet ancien officier soviétique, resté en Afghanistan après sa conversion à l’islam, y travaillait depuis 2013. Décédé accidentellement en 2022, il est inhumé, selon ses vœux, dans les jardins du site. Son parcours atypique avait été salué par les autorités.
Ces transformations successives dessinent les contours d’une mémoire officielle en reconfiguration, où les récits se superposent et certains détails s’estompent, invitant à une lecture plus abstraite du passé.





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