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Des vendanges en juillet, ces viticulteurs n’avaient jamais vu ça

La chaleur bouscule le calendrier des vignobles du sud. Pour la première fois, des grappes sont récoltées dès la fin juillet.

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Des vendanges en juillet, ces viticulteurs n'avaient jamais vu ça

La chaleur bouscule le calendrier des vignobles du sud. Pour la première fois, des grappes sont récoltées dès la fin juillet.

Alain Gleyzes vient de vivre une première en 43 ans de métier. Le 30 juillet, il a coupé ses premières grappes, un muscat petit grain destiné à un blanc pétillant. Jamais il n’avait vendangé en juillet. Installé à La Palme, dans l’Aude, il a commencé ses vendanges de nuit, sur son domaine du bord de mer.

Il n’est pas un cas isolé. Sur les coteaux de Narbonne, Camille et Audrey Lalaurie, deux sœurs jumelles, incarnent la dixième génération de vignerons. Elles n’avaient jamais coupé de raisin avant le 12 août. Cette année, elles débutent avec dix jours d’avance. Il y a vingt ans, la vendange démarrait autour du 25 août. Plus au sud, dans les Pyrénées-Orientales, le domaine Lafage a donné le coup d’envoi la semaine dernière. Jean-Marc Lafage récolte un raisin pour un vin léger en alcool, une cuvée qui demande des grappes moins mûres. Son équipe est en partie en congés. Il a fallu appeler les salariés du marketing, de la comptabilité et de l’informatique à la rescousse. Sur l’ensemble du domaine, entre le Roussillon et Collioure-Banyuls, l’avance moyenne atteint une semaine.

Comment expliquer une telle précocité ? La vigne a poussé dès mars, portée par un printemps chaud. Puis les températures n’ont cessé de grimper. Depuis février, chaque mois semble battre un record de chaleur, décrit Jean-Marc Lafage. Camille Lalaurie, elle, note que la croissance a été excellente au printemps. Ce scénario colle aux effets du changement climatique sur les vignobles du sud.

Vendanger plus tôt ne suffit plus. Les vignerons doivent repenser leurs exploitations. Alain Gleyzes a déjà arraché une vingtaine d’hectares sur ses soixante, après deux années de sécheresse intense. Il évalue à 30% la perte de son capital végétal, mort sur pied. Une situation inédite pour lui. D’autres misent sur la recherche. Le domaine Lafage a créé une cellule de recherche-développement, embauché un ingénieur agronome et s’appuie sur une école agronomique de Montpellier. L’objectif est de mieux gérer l’eau, en améliorant la capacité des sols à la garder grâce à de nouveaux composts. Jean-Marc Lafage le dit avec le sourire. On est devenu des cultivateurs d’eau plutôt que des cultivateurs de vignes.

De leur côté, les responsables de l’AOP Languedoc élargissent la réflexion. Stéphanie Delorme, sa directrice, évoque une boîte à outils face à ce qu’elle appelle des coups de sèche-cheveux, ces épisodes où le vent et la chaleur assèchent tout. Parmi les pistes, le retour de vieux cépages locaux, ou l’introduction de variétés grecques et italiennes, mieux adaptées. Les AOC Banyuls et Collioure, elles, envisagent de déplacer leurs vignes en altitude pour fuir la chaleur. Ces stratégies redonnent espoir. Jean-Marc Lafage assure que les données récoltées depuis cinq ans éclairent la route, loin du désespoir qui dominait il y a quatre ans.

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