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Un an après, l’État palestinien reste bloqué sur le papier

La reconnaissance de la Palestine par de nombreux pays n’a pas changé la vie quotidienne en Cisjordanie. Entre colonies, barrages et sanctions…

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Un an après, l'État palestinien reste bloqué sur le papier

La reconnaissance de la Palestine par de nombreux pays n’a pas changé la vie quotidienne en Cisjordanie. Entre colonies, barrages et sanctions symboliques, l’espoir d’un État viable recule.

Adam Bader avait 27 ans quand il a appris que onze pays supplémentaires reconnaissaient la Palestine comme un État à part entière. Cet entrepreneur palestinien se souvient d’un moment de joie. La décision portait à 157 le nombre d’États reconnaissant la Palestine, soit plus de 80 % des membres des Nations unies. À l’époque, 142 pays avaient soutenu la Déclaration de New York, qui défend une solution à deux États au Proche-Orient. Israël et les États-Unis, son principal allié, étaient les exceptions les plus visibles. Un an plus tard, Adam Bader ne cache pas sa déception. « On ne voit aucun progrès. Au contraire, la situation empire chaque jour un peu plus », dit-il.

Sur le terrain, la reconnaissance diplomatique n’a pas suffi à changer la donne. Omar Awadallah, vice-ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, explique que cette démarche a créé « une réalité politique », mais que la vie quotidienne dépend encore du comportement jugé illégal d’Israël. Pour le président Mahmoud Abbas, faire reconnaître un État palestinien reste une priorité. Israël mène au contraire une bataille pour isoler les dirigeants palestiniens sur la scène internationale. Washington a encore refusé un visa à Mahmoud Abbas pour se rendre à l’Assemblée générale des Nations unies. L’analyste politique palestinienne Ines Abdel Razek va plus loin. Pour elle, la solution à deux États est devenue « un slogan diplomatique » qui évite de regarder la réalité. Une reconnaissance sans mesures pour soutenir un futur État et freiner les actions israéliennes lui paraît sans effet.

Depuis qu’il a retrouvé le pouvoir, le gouvernement de Benjamin Netanyahu, l’un des plus à droite de l’histoire d’Israël, a légalisé 104 nouvelles colonies en Cisjordanie, considérées comme illégales par le droit international. Une nouvelle étape vers une annexion de fait se dessine. Le ministre de la Défense, Israël Katz, envisage de confier à la police israélienne l’ensemble des compétences de maintien de l’ordre pour les colons, jusque-là exercées par l’armée. Dans les collines de Cisjordanie, des milliers de drapeaux israéliens bordent les routes. Des slogans comme « Pas d’avenir en Palestine » ont été tracés sur des murs pour pousser les habitants au départ. Israël a aussi installé près de 1 000 barrières à l’entrée de presque tous les villages et villes. Les Palestiniens dénoncent une politique du « maximum de terres, minimum d’Arabes », alors que les attaques de colons se multiplient et que leurs auteurs ne sont presque jamais jugés.

Face à ces violences, le Royaume-Uni, la France et le Canada ont annoncé des sanctions visant le commerce avec les colonies. Leur portée reste surtout symbolique. Israël a riposté par des contre-mesures, dont la fermeture du consulat britannique à Jérusalem. Benjamin Netanyahu répète qu’un État palestinien reviendrait à « récompenser le terrorisme » après l’attaque du Hamas contre Israël, la plus meurtrière de l’histoire du pays, et la guerre dévastatrice menée ensuite à Gaza. Il a aussi prévenu que tant qu’il serait Premier ministre, il n’y aurait « pas d’État palestinien sous contrôle iranien », ni à Gaza ni en Cisjordanie. De son côté, l’Autorité palestinienne, affaiblie et accusée de corruption, est régulièrement appelée à se réformer. Basée à Ramallah, elle manque de ressources financières, en partie parce qu’Israël ne lui reverse plus les recettes douanières qu’il perçoit en son nom. Ces transferts ont été gelés pour éviter qu’ils servent aux familles d’auteurs d’attaques contre des Israéliens.

À Naplouse, Sameh, ingénieur en informatique, veut malgré tout voir dans la Déclaration de New York « un signe positif ». Mais cela ne suffit pas, ajoute-t-il. Il réclame des « actions plus concrètes, capables de changer la réalité » des Palestiniens. Pour lui, le chemin reste long avant que la reconnaissance internationale se traduise sur le terrain.

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