Politique
Quand la loi agricole divise jusqu’au gouvernement
Le projet de loi d’urgence pour l’agriculture franchit les dernières étapes, mais une mesure sur les pesticides menace la cohésion de l’exécutif. La…

Le projet de loi d’urgence pour l’agriculture franchit les dernières étapes, mais une mesure sur les pesticides menace la cohésion de l’exécutif. La ministre de l’Écologie pourrait quitter le gouvernement si le texte est adopté en l’état.
Le gouvernement met en avant son texte de loi d’urgence agricole, qui doit être adopté définitivement ce soir au Sénat. Ce projet, né des manifestations d’agriculteurs en début d’année, touche à tout ce qui fait la vie de la Ferme France. Souveraineté alimentaire, gestion de l’eau, élevage, concurrence déloyale. Près de 70 articles pour tenter de mieux protéger les exploitants. Mais au cœur de ce paquet controversé, un seul article concentre toutes les tensions. Il permet à l’Agence de sécurité sanitaire, l’Anses, de réautoriser temporairement deux pesticides interdits en France. L’acétamipride et le flupyradifurone sont pourtant bannis du territoire, mais toujours autorisés dans d’autres pays de l’Union européenne. La dérogation serait limitée à des filières en grande difficulté et soumise à des conditions très strictes.
La bataille politique fait rage. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a appelé sur les réseaux sociaux à ne pas instrumentaliser cette loi à des fins politiciennes. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard défend mordicus le compromis trouvé. Elle assure que l’acétamipride n’est pas rétabli pour de bon. Seule une dérogation d’urgence serait possible, sans risque pour la santé humaine ni l’environnement, et sans alternative existante. Mais dans le camp gouvernemental, des voix s’élèvent. L’ancienne ministre de l’Écologie Agnès Pannier-Runacher dénonce un passage en force et un déni de démocratie. Car cette mesure controversée a été ajoutée par le Sénat puis conservée en commission mixte paritaire. Le gouvernement se défend d’en être l’initiateur. La porte-parole Maud Bregeon a répété que ce n’était pas le choix de l’exécutif.
Cette division pourrait coûter un ministre. Monique Barbut, à la tête de la Transition écologique, est personnellement opposée à la réintroduction de l’acétamipride. Son entourage a fait savoir qu’elle pourrait démissionner si le texte était adopté avec cette dérogation. La porte-parole du gouvernement a tenté de calmer le jeu, jugeant qu’une démission sur un vote parlementaire est plus complexe qu’un arbitrage gouvernemental. Mais dans la matinée, Monique Barbut a annulé son point presse sur les feux de forêt. Elle doit être reçue par le Premier ministre en fin de matinée. De leur côté, les associations environnementales comme Greenpeace crient au piétinement de la science et de la volonté citoyenne. La FNSEA, premier syndicat agricole, salue au contraire un tournant majeur et une prise de conscience de la situation critique de l’agriculture française.
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