Monde
Le Pérou tourne la page avec Keiko Fujimori aux commandes
Après une victoire serrée, la fille de l’ex-président Alberto Fujimori accède au pouvoir. Elle promet de mater l’insécurité, mais ses détracteurs…


Après une victoire serrée, la fille de l’ex-président Alberto Fujimori accède au pouvoir. Elle promet de mater l’insécurité, mais ses détracteurs dénoncent un héritage autoritaire.
Keiko Fujimori, 51 ans, a prêté serment mardi à Lima pour un mandat de cinq ans. Élue de justesse au second tour avec moins de 50 000 voix d’avance sur son rival de gauche, elle hérite d’un pays frappé par sa pire crise sécuritaire depuis des décennies. Bandes criminelles locales et étrangères, extorsions, assassinats commandités : la violence gangrène les rues péruviennes. La nouvelle présidente en a fait son cheval de bataille. Elle promet des tribunaux avec des juges anonymes, l’expulsion massive de migrants en situation irrégulière et l’obligation pour les prisonniers de travailler contre de la nourriture. Un programme ferme, taillé pour rassurer une population lasse de l’insécurité. Mais dès son investiture, elle a appelé à la réconciliation, lançant qu’aucun gouvernement ne pourra faire avancer le Pérou en cultivant la division.
Pourtant, la réconciliation paraît lointaine. Des proches de victimes du conflit armé interne des années 1980-2000 sont réunis en veillée sur une place du centre de Lima. Ils réclament justice et crient leur opposition à Keiko Fujimori, dont le père, Alberto Fujimori, a été condamné pour corruption et crimes contre l’humanité. « Nous n’attendons rien de bon de sa part », lâche Marly Anzualdo, qui cherche toujours le corps de son frère Kenneth, disparu en 1993. Son parti, Fuerza Popular, est accusé d’avoir soutenu des lois d’amnistie pour des policiers et militaires poursuivis pour violations des droits humains. Il est aussi critiqué pour avoir protégé l’ancienne présidente Dina Boluarte face aux accusations de répression meurtrière lors des manifestations de 2022-2025. « Ils ont le sang de nos proches sur les mains », assène Raúl Samillán, dont le frère a été tué lors d’une manifestation en 2023.
Keiko Fujimori, diplômée en administration aux États-Unis et ancienne députée, devient la neuvième présidente du Pérou en dix ans. Son parti reste la première force au Congrès sans majorité absolue. Parmi les invités à son investiture figurent plusieurs dirigeants sud-américains, dont l’Argentin Javier Milei et le Chilien José Antonio Kast. Sur le plan climatique, elle promet aussi de lutter contre le phénomène El Niño, annoncé cette année comme le plus intense depuis 1998. La tâche est immense. D’un côté, elle doit répondre à l’urgence sécuritaire. De l’autre, elle doit composer avec un pays profondément divisé, où les cicatrices du passé fujimoriste restent ouvertes. Son défi gouverner dans une société où son héritage familial est à la fois un pilier et une plaie.
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