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Des cosmétiques au kérosène : comment la Côte d’Ivoire mise sur ses champions pour décoller

Depuis quinze ans, l’économie ivoirienne carbure à plus de 6% de croissance par an. Pour transformer cet essai, le pays compte sur des entreprises privées…

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Des cosmétiques au kérosène : comment la Côte d'Ivoire mise sur ses champions pour décoller

Depuis quinze ans, l’économie ivoirienne carbure à plus de 6% de croissance par an. Pour transformer cet essai, le pays compte sur des entreprises privées solides, capables d’entraîner tout un tissu de PME et d’ouvrir la voie vers le statut de pays à revenu intermédiaire d’ici 2030.

Dans une usine de la banlieue d’Abidjan, des bouteilles de beurre de karité défilent sur des chaînes. C’est l’histoire de Kaera, une marque de cosmétiques née dans un petit appartement à la fin des années 2000. Aujourd’hui, elle emploie 600 personnes et exporte dans une trentaine de pays, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’à Paris et Dubaï. Son patron, Fodé Yattabaré, raconte avoir trouvé sur place un environnement favorable à l’entrepreneuriat. Pour lui, c’est la stabilité politique retrouvée après la crise de 2011 qui a tout changé. Les investissements dans les infrastructures et la sécurité ont redonné confiance aux banques et aux investisseurs.

Cette confiance, on la voit aussi dans la réussite de Djamo, une start-up financière lancée en 2020. Son concept est simple : proposer des services entre la banque classique et le paiement par mobile. Résultat : deux millions d’utilisateurs, dont beaucoup n’avaient jamais eu de compte bancaire. Son cofondateur Régis Bamba le dit : venir d’un pays stable facilite la levée de fonds. Ces deux entreprises, comme le distributeur de carburant Pétro Ivoire, sont ce que le gouvernement appelle des « champions nationaux ». L’idée est de faire émerger des locomotives privées qui, à leur tour, formeront des PME, créeront de la valeur et serviront d’exemple. Le ministre du Plan, Souleymane Diarrassouba, espère en voir naître « plusieurs centaines » dans les années à venir.

Mais pour garder le cap, les entrepreneurs réclament plus de numérisation de l’administration. La bureaucratie et la corruption restent des freins, tout comme la place de la Côte d’Ivoire sur la liste grise du Gafi. La digitalisation permettrait aussi à l’État d’élargir l’assiette fiscale et d’augmenter ses recettes. Autre espoir : la mise en place rapide de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Pour Fodé Yattabaré, harmoniser les normes entre pays africains libérerait un énorme potentiel. Son concurrent Régis Bamba résume : « Plus de libre-échange, c’est plus de business, plus de valeur. » Avec 80 milliards de dollars de financements publics obtenus en juillet et près de 150 milliards promis par le privé, la Côte d’Ivoire veut prouver que ses champions ne sont pas une simple vitrine.

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