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Accrochée à une planche, elle a survécu au naufrage

Rahela Begum a passé deux jours et une nuit dans l’océan après le naufrage de son bateau. Son histoire raconte l’espoir désespéré des Rohingyas qui…

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Accrochée à une planche, elle a survécu au naufrage

Rahela Begum a passé deux jours et une nuit dans l’océan après le naufrage de son bateau. Son histoire raconte l’espoir désespéré des Rohingyas qui risquent la mort pour fuir les camps.

La mer n’a pas voulu d’elle. Le 4 avril, Rahela Begum, 25 ans, monte à bord d’un chalutier avec près de 280 autres personnes. Quatre jours plus tard, au large des îles Andaman-et-Nicobar, le bateau tremble, puis coule. Elle se cramponne à une planche de bois. « Je flottais comme un corps mort, mais j’ai réussi à relever la tête », raconte-t-elle. Un navire la repêche après deux jours et une nuit d’agonie. Elle fait partie des rares survivants. Les garde-côtes bangladais n’ont retrouvé que neuf personnes, dont six passeurs.

Rahela avait quitté Cox’s Bazar, le plus grand camp de réfugiés au monde, où plus d’un million de Rohingyas s’entassent depuis la répression en Birmanie. Elle voulait rejoindre la Malaisie. Comme des milliers d’autres. Selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés, plus de 6 500 Rohingyas ont tenté la traversée de l’océan Indien en 2025. Près de 900 ont péri ou disparu. C’est l’année la plus meurtrière jamais enregistrée. Le trafic est devenu un commerce juteux. Un jeune passeur, sous couvert d’anonymat, confie empocher entre 1 500 et 1 800 euros par voyage. Il ne se considère pas comme un criminel. « Ce sont les pères et les mères des camps eux-mêmes qui viennent nous voir pour envoyer leurs fils et leurs filles en Malaisie », assure-t-il.

Malgré les drames, la demande explose. En 2024, de janvier à mai, 1 180 départs ont été comptés. Sur la même période en 2025, ce chiffre a doublé pour atteindre 2 300. Les autorités bangladaises tentent de freiner ces vagues. Le lieutenant Mohammad Rawnak Rahman patrouille tous les jours l’embouchure du fleuve Naf, entre le Bangladesh et la Birmanie. « Nous sommes en alerte maximale », dit-il. Mais sur le terrain, le système judiciaire craque. Le procureur Tawhidul Anwar admet être dépassé avec environ 500 dossiers sur le bureau. Les enquêteurs manquent d’efficacité, les preuves sont difficiles à réunir et les trafiquants sont trop puissants. Preuve de cette impuissance : les six passeurs arrêtés après le naufrage d’avril, pourtant passibles de la prison à vie, ont été remis en liberté.

Pour Astrid Castelein, représentante du HCR, les départs massifs s’expliquent par la surpopulation des camps, les restrictions de mouvement et de travail imposées aux réfugiés, et la baisse des aides humanitaires. Sayed Ullah, président du Conseil uni des Rohingyas, résume la situation d’une phrase : « Chaque personne doit survivre avec deux repas à 16 takas chacun, soit 11 centimes d’euro. Comment survivre avec 16 takas ? » Le Bangladesh, de son côté, estime ne plus pouvoir accueillir davantage de réfugiés. Mohammed Mizanur Rahman, chef de la commission chargée des réfugiés, craint que la population locale ne finisse par se retourner contre les Rohingyas. « Elle garde de bonnes relations avec les réfugiés, mais pour combien de temps ? » s’interroge-t-il.

Sayed Ullah le dit sans détour : il n’y a pas d’issue dans les camps. La seule solution, selon lui, est un accord de paix durable en Birmanie. Mais la guerre civile déclenchée par le coup d’État militaire de 2021 continue de faire rage. L’ONG américaine Acled estime qu’elle a déjà causé plus de 100 000 morts, tous camps confondus. Dans son abri de Cox’s Bazar, Rahela Begum regarde l’horizon sans illusion. « Dieu ne m’a accordé la paix nulle part en ce monde », lâche-t-elle.

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