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Sous 36 degrés, le plan bleu veille sur les anciens

Vingt ans après le drame de 2003, les maisons de retraite ont mis en place un protocole strict pour affronter les fortes chaleurs. Reportage dans un Ehpad…

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Sous 36 degrés, le plan bleu veille sur les anciens

Vingt ans après le drame de 2003, les maisons de retraite ont mis en place un protocole strict pour affronter les fortes chaleurs. Reportage dans un Ehpad parisien où chaque geste compte pour éviter un nouveau traumatisme.

À la résidence Péan, le jardin est vide malgré son ombre. Ce lundi après-midi, le thermomètre frôle les 36°C. La directrice Romy Lasserre-Saint-Maurice a donné la consigne de rester à l’intérieur. Trop chaud dehors. Même le réfectoire est déconseillé. Malgré la peinture blanche sur les vitres et des linges mouillés, la température y dépasse les 30°C. Ici, le plan bleu a été activé dès la première vague de chaleur en mai, puis à nouveau le week-end dernier. Ce dispositif est devenu obligatoire en 2005, juste après la canicule meurtrière qui a révélé l’extrême vulnérabilité des personnes âgées.

Chaque étage de l’établissement dispose d’au moins une pièce climatisée. Des fauteuils et des écrans y attendent les résidents, au moins trois heures par jour. Anne-Marie Hergott, 91 ans, apprécie que la climatisation ne soit pas trop froide. Elle dit qu’il fait bon. Dans les couloirs, des carafes d’eau sont disposées sur un chariot, accompagnées de sirops de menthe, de citron et de jus d’orange. La directrice a aussi embauché des porteurs d’eau. Leur mission est claire distribuer et surtout s’assurer que chacun boit. Badra Hamadi, la cadre santé arrivée en 2003, se souvient de cet été-là. La leçon la plus dure a été l’oubli des résidents autonomes, qu’on pensait capables de s’hydrater seuls. Aujourd’hui, la consigne est impérative. Il ne suffit pas de poser un verre d’eau. Il faut vérifier que le verre est vide. L’Agence régionale de santé verse 35 centimes par résident, soit un peu plus de 3 000 euros pour l’établissement de 94 lits, ce qui permet de financer des heures supplémentaires ou des CDD saisonniers.

Mais la chaleur n’est pas le seul danger. Les personnes âgées ne ressentent ni la soif ni la chaleur de la même façon. Une résidente de 94 ans, assise dans sa chambre volets baissés, ventilateur éteint, avoue qu’elle aime bien avoir chaud. Elle porte un chemisier à manches longues et un gilet. Un homme traverse la pièce climatisée en pantalon, pull en laine et béret. Badra Hamadi doit sans cesse rappeler de se déshabiller. L’hyperthermie guette. Depuis 2003, chaque vague de chaleur a permis d’affiner le plan bleu. Romy Lasserre-Saint-Maurice se souvient avoir dû installer ses résidents dans un sous-sol plus frais lorsqu’elle dirigeait un établissement en Ardèche. Fin 2023, près de 700 000 personnes vivent dans ces structures en France. Leur protection face aux canicules à répétition reste un combat quotidien, invisible mais vital.

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