Société
Les étés qui chauffent rebattent les cartes de l’immobilier
Après trois vagues de chaleur, la température intérieure devient un argument de vente comme un autre. Exposition, volets, climatisation, les Français…


Après trois vagues de chaleur, la température intérieure devient un argument de vente comme un autre. Exposition, volets, climatisation, les Français inspectent désormais tout avant de s’engager.
Cet été, la France a enchaîné trois vagues de chaleur. De quoi changer les habitudes des acheteurs. À Paris, un agent immobilier le confirme, l’exposition sud ne fait plus l’unanimité. Les derniers étages des immeubles hausmanniens, ces appartements qui accumulent la chaleur sous les toits, font désormais peur. Un jeune homme de 30 ans venu visiter un studio de 14 m² l’avoue sans détour, il se demande s’il pourra y vivre sans souffrir dans dix ans. La fenêtre ouverte ne suffit pas à le rassurer.
Les chiffres appuient ce ressenti. Selon une étude récente, un logement français sur deux emmagasine tellement la chaleur qu’il devient une vraie étuve l’été. Un sondage mené auprès de 1.750 utilisateurs d’une plateforme de petites annonces montre que 8 sur 10 ont souffert de la chaleur chez eux. Un tiers de ces répondants vont plus loin. Ils disent qu’ils pourraient déménager si les étés continuent à être aussi rudes.
Les visites ne ressemblent plus à avant. Les acheteurs ne se contentent plus du diagnostic énergétique. Ils veulent savoir quelle température il faisait dans le salon pendant la dernière canicule, si on peut créer des courants d’air la nuit, si les chambres restent fraîches. La présence de volets, d’une terrasse ombragée, d’arbres dans la rue, tout compte. Un appartement avec de grandes baies vitrées dans le 5e arrondissement de Paris en fait l’expérience. Il est magnifique, il reçoit beaucoup de visites, mais personne ne signe. La raison est simple, il n’est pas traversant. Les visiteurs ressortent en disant qu’il fait trop chaud.
La climatisation, autrefois jugée superflue, est devenue un argument massue. Si elle est déjà installée, c’est encore mieux. En copropriété, tout installer soi-même peut tourner au casse-tête. Les vendeurs l’ont bien compris. Dans leurs annonces, ils mettent désormais en avant les volets, l’orientation, tout ce qui peut évoquer un peu de fraîcheur.
La question du lieu commence aussi à changer. Dans le sud de la France, 18% des habitants interrogés pensent sérieusement à partir. En Bretagne, ce taux retombe à 1,3%. Ce n’est pas encore un exode. Mais c’est une bascule. Choisir un territoire pour son emploi et son dynamisme ne suffit plus. Le climat devient un paramètre central. Et cette tendance pourrait bien durer. Pour certains professionnels, c’est une vraie évolution des comportements. Avec le dérèglement climatique, les incendies, les sols qui bougent, se projeter sur vingt ans de crédit devient plus compliqué. L’immobilier se retrouve face à une question simple. Saura-t-on encore vivre dans ces murs demain ?
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