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L’addition des incendies retombe lourdement sur les mairies

Plus de 120.000 hectares sont partis en fumée cet été. Les communes paient une facture toujours plus salée pour éteindre les feux et panser les plaies…

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L'addition des incendies retombe lourdement sur les mairies

Plus de 120.000 hectares sont partis en fumée cet été. Les communes paient une facture toujours plus salée pour éteindre les feux et panser les plaies, parfois pendant des années.

Les flammes ne laissent pas que des cendres derrière elles. Elles laissent des notes à payer, des réseaux à rebâtir et des paysages à pleurer. Dans le Var, à deux pas du plus grand incendie jamais vu dans le département, le maire du Val, Jérémy Giuliano, chiffre déjà entre 10.000 et 20.000 euros les dépenses engagées pour nourrir 500 pompiers et héberger les habitants délogés par le feu. Le plan communal de sauvegarde se déclenche, la collectivité joue l’amortisseur, et ça peut durer plusieurs semaines. Mais cela ne s’arrête pas là. La remise en état des réseaux d’eau peut coûter plusieurs millions d’euros dans certaines communes. Et le pire arrive parfois plus tard. Une forêt partie, c’est un sol qui ne retient plus rien. Les pluies d’automne peuvent provoquer des inondations là où les arbres protégeaient les vallées. La qualité de l’eau se dégrade aussi. Une deuxième crise se profile, silencieuse.

Dans l’Aude, le traumatisme est encore frais, un an après le mégafeu des Corbières. À Coustouge, un village de 130 âmes, le feu a tout enveloppé. Les lignes électriques et téléphoniques aériennes ont fondu en quelques minutes. Plus aucun contact avec l’extérieur, se souvient le maire Paul Berthier, qui décrit une scène d’apocalypse. Des maisons ont brûlé, mais c’est le paysage qui a payé le plus lourd tribut. La garrigue, les pins, les vignes, tout est parti. L’édile évoque des arbres réduits à des arêtes de poisson, et un décor d’enfance envolé, sans prix. Depuis, Coustouge réfléchit à enterrer ses réseaux et à créer une bande tampon de 500 mètres autour du village, dans le cadre des obligations légales de débroussaillement. Une manière de se réarmer pour l’avenir, même si l’avenir inquiète.

Car le risque d’incendie ne concerne plus seulement le Sud. Sébastien Leroy, membre de l’Association des maires de France, le dit clairement. Toute la France est désormais exposée. Mais les collectivités se heurtent à des financements d’État trop maigres. L’espace public n’est pas assurable, le tissu économique s’effondre dans les zones sinistrées, et les ressources fondent. Un système bloqué, résume l’élu des Alpes-Maritimes. Les réglementations compliquent même le recours aux eaux usées traitées pour créer des réserves d’eau. Dans le Gard, à Lirac, Cédric Clemente dénonce des aides insuffisantes pour entretenir les pistes de défense contre les incendies, pourtant vitales aux pompiers. Pendant ce temps, la forêt gagne du terrain, 60.000 hectares en vingt ans. La fédération des Communes forestières avance un chiffre qui donne à réfléchir un euro investi dans la prévention permet d’économiser 29 euros dans la reconstruction. Sans parler des forêts qui stockent le CO2 et régulent le climat, une perte impossible à chiffrer.

Les petites communes, elles, attendent parfois des promesses jamais tenues. À Guillos, en Gironde, 450 habitants, 90% de la forêt locale a été détruite en 2022. L’État s’était engagé à prendre en charge 80% de la réparation des routes, se désole l’ancienne maire Marylène Doreau. Au final, seulement 30% environ sont arrivés. Les départements, eux, financent 60% du budget des services d’incendie et de secours, qui atteint 5,6 milliards d’euros. Leur contribution a doublé en vingt ans, et ils demandent une réforme urgente. Dans l’Aude, Hélène Sandragné a dû louer un hélicoptère bombardier d’eau pendant tout l’été, pour 400.000 euros. Les feux sont d’une violence inouïe, explique-t-elle. Les hommes restent plus longtemps sur le front, le matériel s’use. En Gironde, les mégafeux de 2022 ont coûté 10,5 millions d’euros en surcoût au service d’incendie, rien que pour réparer les véhicules. Et malgré les 42.000 hectares brûlés cette année, le président du département Jean-Luc Gleyze prévient qu’il ne pourra pas recommencer, les finances étant déjà exsangues. Les routes, la fibre optique, tout reste à reconstruire. Il réclame une base d’avions lourds à proximité. Sans cela, dit-il, les difficultés vont s’accumuler. Les mairies, elles, n’ont pas le luxe de choisir. Encore une fois, l’été prochain peut tout raviver.

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