Monde
La rébellion grandit contre les caméras qui traquent les voitures américaines
Des centaines de milliers d’Américains ont décidé de riposter contre les caméras Flock qui photographient toutes les voitures. Dans les rues, certains…


Des centaines de milliers d’Américains ont décidé de riposter contre les caméras Flock qui photographient toutes les voitures. Dans les rues, certains sabotent les appareils, d’autres poussent les villes à couper les contrats
Nomark a 20 ans et il est devenu le symbole d’une résistance très concrète. La première fois qu’il a neutralisé une de ces caméras, il dit avoir eu très peur. Depuis, il en a désactivé plus d’une trentaine autour de Minneapolis, dans le nord des États-Unis. Sur son compte Instagram, suivi par un demi-million de personnes, il explique comment faire. Il sait que ses actes sont illégaux. Mais il les assume comme un moyen de réveiller les consciences.
La cible de cette colère s’appelle Flock. Cette start-up a installé plus de 100 000 caméras à la demande des polices locales, et elle a construit une base de données unique dans le pays. Ces appareils ne filment pas. Ils prennent des photos de chaque véhicule qui passe et enregistrent la plaque, le modèle, la couleur. Surtout, les informations ne restent pas dans une seule ville. Elles sont partagées avec d’autres services de police, parfois à l’échelle de tout le pays. Un agent peut ainsi retrouver une voiture en quelques heures sans jamais demander l’avis d’un juge.
Cette puissance laisse aussi la porte ouverte à des abus. Au moins 50 policiers ont été accusés d’avoir utilisé le système pour pister leur compagne ou leur ex. Dans d’autres cas rapportés, des agents ont suivi une femme qui avait avorté ou ont fourni des données à la police de l’immigration. Le patron de Flock a même traité certains de ses opposants de terroristes. De quoi attiser un mouvement qu’une grande association de défense des libertés qualifie de résistance populaire sans précédent depuis des années.
Le refus du système dépasse les cercles radicaux. Sur Facebook, le groupe DeFlock America compte plus de 600 000 membres et en accueille chaque jour des milliers de nouveaux. On y trouve des cartes participatives des caméras, des techniques pour bloquer leur vision et des soutiens à ceux qui se font arrêter. Ce mouvement est aussi singulier parce qu’il rassemble la gauche et la droite. L’ancien animateur conservateur Tucker Carlson a même parlé des saboteurs comme de patriotes qui prennent les choses en main.
La bataille se joue aussi dans les conseils municipaux. Des habitants poussent leurs élus à résilier les contrats signés avec Flock. Selon le décompte des opposants, plus de 70 municipalités ont déjà mis fin à la collaboration, de Los Angeles à des petites villes de Virginie. Un professeur de criminologie qui a étudié le phénomène y voit un signe d’espoir. Contrairement au climat politique national saturé par les affrontements entre partis, dit-il, les gens découvrent qu’ils peuvent changer les choses à leur échelle.
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